Chansons, textes
Rebellion (Lies)

Rebellion (Lies)

Arcade Fire

par Kris le 13 juin 2006

Le premier single de l’incontournable album Funeral de Arcade Fire, déjà plus que représentatif de l’univers mélo-lyrique que diffuse le groupe canadien.

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Funeral ou la retranscription d’un univers musical décalé et à la fois terriblement en vogue, un appel d’air dans un torrent rock façon années 2000, Arcade Fire arrivait à point nommé en 2004 pour insuffler un nouveau coup de boutoir à cette scène rock, en y apportant sa fraîcheur, sa richesse musicale, sa profondeur insoupçonnée qui attire et noie qui ose s’y aventurer.

Ce monde désenchanté vécu et retranscrit par ce groupe axé autour du songwriting du couple Win Butler et Régine Chassagne est un portrait d’une société où la solitude, le mal-être, la sensation de ne pas trouver sa place, sont devenues valeurs communes. Funeral demeure en quelque sorte une introspection, un réquisitoire, un plaidoyer contre l’auteur de tous les maux de la Terre, c’est un témoignage non pas seulement d’une époque, mais d’un sentiment général de solitude, de perte d’innocence, de désillusion, ce qui rend son écoute d’autant plus unique, car dépendant de chacun, touchant là où chacun trouve ses propres failles, creusant au fur et à mesure des écoutes son bonhomme de chemin vers la profondeur de chaque âme.

Ce monde clair-obscur nous est présenté tel le niveau intermédiaire entre la rudesse du monde réel et la beauté du songe. Tout se passe à ce niveau, dans cet entre-deux mondes où se retrouve coincée la créativité d’Arcade Fire. Cette errance est mise en scène par le propos plus que présent de la perte d’innocence de l’enfance au sein des textes des chansons de Funeral notamment ici dans la chanson Rebellion (Lies).

En première lecture, les paroles de Rebellion (Lies) sonnent incroyablement paranoïaques, décrit dans un contexte oppressant, obligeant les gens à garder précieusement ce qu’ils possèdent au risque de se les faire voler. Voler par tous, par n’importe qui, un univers où la confiance n’est plus reine, où la confiance s’est perdue comme notion commune, où elle n’a plus aucun droit de citer :

People try and hide the night
underneath the covers.
People try and hide the light
underneath the covers.
 
Come on hide your lovers
underneath the covers,
come on hide your lovers
underneath the covers.
 
Hidin’ from your brothers
underneath the covers,
come on hide your lovers
underneath the covers.

Finalement on se rend compte que ce regard désabusé du monde dans lequel on vit, n’est pas vécu par un adulte, mais par un enfant qui perd son innocence. Un enfant qui grandit et qui perd ses rêves, ses convictions, tout ce qu’il croyait pour acquis, l’altruisme, la confiance, les valeurs humaines se perdent, disparaissent sans que l’on puisse y faire quoique ce soit. Comme un croyant qui perd la foi qui le rend vivant cet enfant se ferme et prend peur. Peur de ce monde individualiste, peur de perdre pied dans ce monde qui ne lui sied pas, un monde sans repères, sans attaches, sans amour.

Une perte d’innocence, une sensibilité froissée voire brisée, la nostalgie d’une époque dorée durant laquelle rien n’avait de limite, une époque où le rêve permettait tous les excès. La dualité se caractérise par l’association oxymorale des paroles et de la mélodie dans Rebellion (Lies). La rudesse du monde est exprimée par les paroles tristement réalistes, situationnistes, apposées à une mélodie inspirée par le songe, l’émerveillement, la légèreté. Ainsi Rebellion (Lies) dispose des paroles lourdes, réalistes engoncées d’une mélodie dont le rythme imposé par le clavier de Régine Chassagne, est porté jusqu’au cieux par les violons en contrebas :

People say that you’ll die
Faster than without water
But we know it’s just a lie
Scare your son, scare your daughter

Cependant, ces deux pôles s’emmêlent, se mélangent, puis s’enchevêtrent, s’emboîtent pour ne finalement plus former qu’un immense dévalement de son, 7ème ciel d’un univers côtoyant joie et tristesse. Il s’agit bien là de la plus grande richesse de ce titre et en règle générale de cet album, ce pouvoir de déconcertation intrinsèque, cette quasi-infinie possibilité de lecture faisant varier à chaque écoute la manière d’aborder ce son, et d’appréhender ses propres émotions.



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