Portraits
The Stone Roses : une légende taillée XL

The Stone Roses : une légende taillée XL

par Our Kid le 25 octobre 2005

Alors que Manchester et l’Angleterre sont orphelins de The Smiths, un groupe va réussir en une année à redonner la joie de vivre au royaume et à créer une nouvelle scène musicale, la scène baggy.

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 The Stone Roses : succès immédiat

En février 1989, sort le quatrième single du groupe, Made Of Stone, un classique considéré depuis comme l’une des meilleures chansons de tous les temps ou, tout du moins, des années 1990. Loin de l’exubérance des autres productions de l’époque, le morceau se veut hypnotique et présente un solo de guitare digne d’Hendrix ou de Pink Floyd, tout en faisant la part belle à la voix mi-chantée, mi-parlée de Brown. Il sera choisi, et c’est mérité, single de la semaine par le magazine NME.

« Made Of Stone parle de faire un vœu et de le voir se réaliser. Comme marquer le but de la victoire en finale de coupe...sur une Harley... déguisé en Spiderman », s’amuse John. Premier grand succès du groupe, on retrouve ce tube sur leur premier album qui est alors la suite logique de ce que réalisent les Mancuniens depuis six mois. Les quatre commencent à répandre, à ce moment-là, leur style et leur attitude comme la poudre à canon ; de manière explosive. Au niveau vestimentaire, les habits portés sont de taille XL et l’on voit rarement Reni sans un bob Kangol sur la tête. Ce nouveau code vestimentaire fait désormais partie intégrante du groupe au même titre qu’il représente aussi bien la scène baggy de Manchester que la « révolution » de l’Ecstasy.

Bien qu’il fut un temps envisagé de confier sa production à Sly et Robbie, The Stone Roses, album éponyme, est finalement produit par John Leckie (qui a officié par le passé chez Pink Floyd, Simple Minds, The Fall, XTC...). Derrière une pochette intrigante et originale réalisée par Squire et qui s’apparente à une imitation du peintre Jackson Pollock - le groupe ayant souhaité y faire figurer une véritable œuvre de l’artiste mais, devant son prix, le guitariste dût se résoudre à l’imiter -, on distingue l’emprise du groupe sur ses morceaux, ses pochettes, son look, signe de leur extrême motivation. Sorti le 29 avril 1989, The Stone Roses, offre tout au long de ses onze pistes une musique rafraîchissante, définitivement originale en comparaison avec les productions de l’époque, qui s’imprègne au plus profond de l’auditeur dès la première écoute. La patte de John Leckie y est sûrement pour quelque chose mais il serait injuste de résumer la musique de The Stone Roses à l’unique maîtrise de studio du producteur. Ce dernier se trouva même surpris par la technique des quatre et considère Mani et Reni comme la meilleure section rythmique du royaume et apprécie Squire comme un grand guitariste. « Toute la publicité autour du groupe - ces hooligans alcooliques, drogués et malades sexuels - n’était pas vraie. Je buvais plus de bières qu’eux. Ian ne buvait pas de bières, ils buvaient un verre de vin pendant le déjeuner, il n’y avait pas de bouteilles de Jack Daniels ou dans ce genre-là ».

Enregistrés hors des bases du groupe, dans la campagne avoisinant Londres, chaque morceau tient sa place et offre une vision inédite du groupe, comme un kaléidoscope qui présenterait une face avant d’en montrer une autre.

Ainsi, le morceau inaugural, I Wanna Be Adored, véritable déclaration d’intention avec son refrain hypnotique et son intro qui fait place à une basse surpuissante de Mani, deviendra-t-il un moment de bravoure en concert. Les morceaux suivants, She Bangs The Drums et Waterfall, semblent suivre tranquillement le sillon tracé par le morceau inaugural. À l’écoute de ces morceaux, Leckie suggère de les faire sonner comme Simon & Garfunkel ou The Byrds, ce qui explique la baisse de la batterie et de la basse mais surtout le son de guitare, semblable à celui qui sortait des doigts du Roger McGuinn lysergique de 1965. Don’t Stop est ainsi simplement Waterfall joué à l’envers avec des percussions sonnant comme des coups de feu et quelques paroles écrites par Squire. Incontestablement, l’un des morceaux les plus groovants, qui symbolise à merveille ce que sera la bande sonore du second « Summer Of Love » durant l’été 1989.

Elizabeth My Dear se positionne comme une encartade acoustique d’à peine une minute, sorte de pastiche du Scarborough Fair de Simon & Garfunkel. L’album contient également Made Of Stone, ainsi qu’un morceau de clôture long de huit minutes, I Am The Resurrection et son final désespérément funky. Sur ce morceau, on retrouve les paroles « I am the resurrection and I am the life » qui sont, d’après Squire, inspirées d’une publicité religieuse lue à Manchester : « il y avait une énorme église en ville qui avait un gros panneau d’inscription avec ces paroles-là dessus ». Avec ce morceau-là en guise de final, nul doute que The Stone Roses constitue un album unique et qui allait décomplexer toute l’Angleterre musicale. Le disque attint la 19ème place dans les charts en 1990 et fut suivi par une foule de clones, qui tentèrent, style vestimentaire à l’appui, de copier les Mancuniens, sans toutefois y parvenir.

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Cressa sur scène

Toujours est-il que pour un premier effort, The Stone Roses avait frappé fort. On a rarement vu dans l’histoire du rock de premier album aussi bon depuis, peut-être, The Clash. Le rouleau compresseur est en marche...
Fort du succès de l’album et des perspectives qui s’ouvre désormais à lui, The Stone Roses s’adjoint les services de Steve Cresser, dit ’Cressa’ pour le rôle non-officiel de cinquième membre. Il est en fait recruté pour aider Squire à faire face avec ses pédales FX qui devenaient trop compliquées pour le commun des mortels, même avec deux pieds. Bien que non-rémunéré, Cressa reste important pour les quatre et, pour les fans, constitue la traduction corporelle de la musique des Stone Roses - « parce que ce salaud sait danser » - et, finalement, le danseur à la tête rasée et leader de déconnade joue un peu le même rôle que Bez pour les Happy Mondays.



[1Références bibliographiques :

  • Magazines : Q Magazine, Loaded, New Musical Express
  • Ouvrage : From Joy Division To New Order : The True Story Of Anthony H Wilson And Factory Records de Mick Middles, ISBN 0 7535 0638 6

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