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Barabajagal

Barabajagal

Donovan

par Emmanuel Chirache le 12 mai 2009

4

Paru en 1969 (Epic)

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— Docteur, je suis donovanophile, c’est grave ? J’écoute Donovan et j’aime ça.
— Donoqui ?
— Laissez tomber, je vais écouter Barabajagal.
— Baraquoi ?

Nous avons déjà eu l’occasion de le dire, Donovan Leitch n’a pas eu la postérité facile. Brillante lumière injustement éclipsée par le soleil de Dylan et des Beatles, il a subi de plein fouet leur concurrence redoutable, ne conservant aujourd’hui que les miettes de sa gloire passée pourtant authentique. C’est bien dommage, car il y a chez Donovan quelque chose de définitivement attachant. Cette voix d’enfant pure et innocente, cette manière unique de piquer les cordes de sa guitare, ces mélodies merveilleuses, ce toucher jazzy à la délicatesse infinie. Il y a toujours quelque chose à sauver chez Donovan, et son intelligence de compositeur parvient toujours à nous accrocher l’âme. La carrière entière du chanteur/guitariste/troubadour regorge donc de splendeurs méconnues qu’il s’agit d’aller déterrer rapidement. A commencer par Barabajagal, qui marque le début de la fin de son succès en Grande-Bretagne, alors que les Etats-Unis continuent encore de le fêter.

Issu de plusieurs sessions différentes enregistrées à Los Angeles ou Londres par le fidèle Mickie Most, le disque s’est vu reprocher son manque de cohérence. Soyons clairs, on s’en fout. Certes, tout ne porte pas le sceau du génie pur et certains arrangements diffèrent d’un morceau à l’autre, et alors ? Sur cet opus, Donovan invente tout simplement le glam-rock avec quelques années d’avance. En effet, des chansons comme Barabajagal, Trudi ou Superlungs My Supergirl, marque la rencontre entre l’inspiration folk du guitariste et le hard-rock du Jeff Beck Group, lequel accompagne Donovan sur les deux premiers titres. Autrement dit, un cocktail rappelant fortement le glam de T.Rex ou de David Bowie, passés eux aussi par la case folkeuse avant de virer plus électrique. Le rapprochement est particulièrement évident avec le single qui donne son nom à l’album, dont le rythme très saccadé et rythmé fait penser au jeu de guitare de Marc Bolan. Sans compter le chant magnifique de Donovan, entre murmure et soufflement, et la Stratocaster agressive de Jeff Beck.

Idem avec le génial Superlungs My Supergirl aux arrangements incroyables (désolé mais plus personne n’en fait des comme ça) qui mêlent flûtes, cuivres et licks démentiels de guitare électrique tandis que le chanteur entonne un « Suuuuupergirl » venu d’ailleurs. Troisième pièce du puzzle glam, Trudi reprend avec bonheur le même rythme saccadé que Barabajagal, le même piano en accompagnement discret mais redoutable, les mêmes voix en contrepoint. Pas de chichis, le morceau dure deux minutes vingt-cinq et ne nous prend pas la tête pendant trois plombes. Les chansons, c’est comme les plaisanteries : les plus courtes sont toujours les meilleures. A cet égard, le plus long titre du disque réussit à nous captiver pendant cinq minutes. Référence au continent perdu et dernier single de Donovan à entrer dans le top 10 US, Atlantis est un pur exercice à la façon beatlesienne, puisqu’il s’ouvre par une récitation charmeuse de Donovan (qui roule ses R à l’écossaise, normal pour un Ecossais) avant de se lancer dans un refrain choral dans le genre de Hey Jude.

Ailleurs sur le disque, le guitariste retrouve la délicatesse jazz du récent The Hurdy Gurdy Man, comme pour cet aérien Where Is She où resplendit la complicité entre le chanteur et ses fabuleux musiciens de session, Harold McNair à la flûte, Danny Thompson à la contrebasse, Tony Carr à la batterie et Alan Hawkshaw au piano. « La crème de la crème », comme disent les Français. Plus loin, Hapiness Runs démontre le talent de Donovan pour les berceuses tout en picking, et To Susan On The West Coast Waiting est une autre petite sucrerie (sur le Vietnam tout de même) adorable. Quant à The Love Song, elle semble échappée du double blanc des Beatles et tourne entièrement autour d’un piano virevoltant accompagné par des clappements de main festifs. On passera sous silence les moins inspirés I Love My Shirt et Pamela Joe.

En revanche, il faut noter que la réédition de 2005 ajoute à cet ensemble une série de morceaux tirés de démos ou de sessions contemporaines, morceaux qu’on retrouvera pour la plupart sur des disques ultérieurs et dans des versions différentes. Parmi eux, quelques réussites totales. Enregistré en compagnie du Jeff Beck group, The Stromberg Twins est du Donovan pur jus, peu original mais très efficace. On se délectera davantage de l’incroyable Snakeskin, sexy, rock et très moderne (mais où va-t-il chercher tout ça ?), de l’onirique The Swan (bon sang mais ce type ne s’arrêtera jamais de pondre des merveilles ?), de New Years Resolution, improvisation sur une mélodie celtique en finger picking (n’en jetez plus, la cour est pleine !). Sans oublier certaines démos fort sympathiques, telles que Good Morning Mr Wind, construite selon le modèle affectionné par Donovan, cette répétition saccadée d’un accord à l’autre (cf. Mellow Yellow), Palais Girl et surtout Lord Of The Universe, qui prouve que le gentil troubadour hippie peut aussi nous torcher un formidable blues si l’envie lui en prend.

Tout ceci pour la modique somme de sept malheureux euros. Encore une fois, répétons-le : Donovan ressemble à l’Atlantide qu’il a si bien chantée sur Barabajagal. C’est un continent riche et fantastique, hélas englouti sous les eaux de la renommée.



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Tracklisting :
 
1- Barabajagal (Love Is Hot) (3’20")
2- Superlungs (My Supergirl) (2’39")
3- Where Is She ? (2’46")
4- Happiness Runs (3’25")
5- I Love My Shirt (3’19")
6- The Love Song (3’14")
7- To Susan on the West Coast Waiting (3’12")
8- Atlantis (5’06")
9- Trudi (2’23")
10- Pamela Jo (4’24")
 
Bonus Tracks :
 
11- Stromberg Twins (4’37")
12- Snakeskin (2’38")
13- Lauretta’s Cousin Laurinda (4’15")
14- The Swan (Lord of the Reedy River) (3’06")
15- A Poor Man’s Sunshine (Nativity) (5’16")
16- New Years Resolution (Donovan Celtic Jam) (3’14")
17- Runaway (3’01")
18- Sweet Beverley (2’55")
19- Marjorie (Margarine) [demo] (3’14")
20- Little White Flower [demo] (2’04")
21- Good Morning Mr Wind [demo] (2’06")
22- Palais Girl [demo] (2’24")
23- Lord Of The Universe [demo] (3’12")
 
Durée totale :’"