Portraits
Eels, these are not end times

Eels, these are not end times

par Efgé le 1er juin 2010

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 LE REVE AMERICAIN D’EELS

Le craquement d’un vinyle posé sur une platine, suivi de quelques notes d’une berceuse jouée sur un piano d’enfant, soutenue par les pulsations d’une batterie jazzy : en 1996, le premier opus d’Eels, Beautiful Freak, premier album sorti chez DreamWorks, le label flambant neuf lancé par Steven Spielberg et David Geffen, débarque dans les bacs, venu de nulle part, et emporte tout sur son passage. Critiques comme public découvrent avec ahurissement une collection de chansons écrites et interprétées par un trio d’outsiders : E, blanc-bec maigrichon, barbe de trois jours et grosses lunettes aux montures noires, le physique d’un ingénieur informaticien ; Butch, batteur enveloppé et rigolard, et Tommy, sorte de clone physique de Chet Baker, mèche blonde tombante et voix fluette. Partout sur la planète, on loue l’adresse, l’intelligence, la roublardise des musiciens d’Eels et de leur compositeur, leur talent à faire s’entrechoquer influences folk, rock et rap, dans une harmonie parfaite. Le premier single, Novocaine for the Soul, co-écrit avec Michael Simpson, moitié des Dust Brothers, squatte les radios américaines, puis britanniques et européennes ; le clip, dirigé par Mark Romanek, qui a autrefois œuvré pour Nine Inch Nails, De La Soul, Madonna ou encore Bowie, est diffusé en rotation lourde sur les chaînes musicales.

Le groupe joue, un temps, le jeu du show-business : les trois Californiens apparaissent désormais les cheveux teintés jaune canari et s’embarquent pour une tournée internationale. On peut deviner la soif de reconnaissance du groupe (ou de son leader) à la citation, extraite de la chanson Spunky, mise en exergue sur la première page du livret de l’album :

One day the world will be ready for you
And wonder how they didn’t see

Très vite cependant, l’expérience s’avère plutôt douloureuse pour E, qui se confie notamment en juin 2009 au magazine Interview : « I learned a lesson on the first Eels record. It was a pretty big commercial success for us : we had a video on MTV and we were flying around all the time, and a lot of people were buying our records. But I really hated the whole experience. It showed me that I didn’t want to be a part of that world”.

Après avoir secoué la tête quelque temps sur Rags to Rags et Mental, entre autres, on commence à se pencher sur les paroles écrites par E, qui semble avoir quelques antécédents familiaux à régler. Dans Novocaine for the Soul, il écrit ainsi dans son dernier couplet :

Life is good
And I feel great
‘Cause Mother says I was
A great mistake

Dans Rags to Rags, il évoque le mythe du rêve américain avec un humour noir et sarcastique :

And one day I’ll come through my American dream
But it won’t mean a fucking thing

A travers des rimes capturées ici et là, on comprend que E n’est pas vraiment fait pour la lumière des spotlights ; dans Flower :

Turn the ugly light off God
Don’t wanna see my face

Ou encore, dans Not Ready Yet :

There’s a world outside
And I know ‘cause I’ve heard talk
In my sweetest dreams
I would go out for a walk
But I don’t think I’m ready yet

Le succès, au lieu d’épanouir E, le pousse à disparaître du middle of the road, pour préférer les à-côtés, comme les anguilles s’échappent sous les rochers pour ne pas être capturées. D’autant que plusieurs évènements personnels font prendre à sa carrière une tournure inattendue.



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