Portraits
Story Leonard Cohen, Part Two

Story Leonard Cohen, Part Two

par Vyvy le 17 juin 2008

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  Un chanteur sachant chanter...

Quelque part dans un quartier branché de Montréal, en janvier de l’an de Grâce 1966, Leonard Cohen, entre autres poète de son état, fait une déclaration estomaquant l’assistance. « Je serais le Bob Dylan canadien ». Incompréhension, attendrissement (« Encore une autre frasque ? »), perplexité. Bob qui ? Car si Cohen s’enthousiasme pour les affres de Zimmerman, le Canada littéraire n’a alors pas encore succombé à son charme tordu, et imaginer Cohen, auteur reconnu, voire même connu, s’étant taillé une niche, à défaut d’être riche, espérer atteindre le niveau d’un moins que rien… Non, non, ça doit encore être une de ces bizarres idées de Cohen, après tout, n’est-il pas poète, et donc enclin à tout si ce n’est la raison ? Alertés par Layton quelques temps plus tard, lors d’un concert montréalais du barde de Duluth, les étudiants de Cohen gémissent d’effroi : « Mais, il ne sait pas chanter ! ».

Pourtant Cohen s’est fait une raison, sa passion pour la poésie, bien qu’elle vibre tout aussi fort qu’au jour de ses 15 ans, ne lui permet pas de vivre une vie décente. Le seul endroit où ceci était possible, la grecque Hydra, il le trouve désormais repoussant, son air libre entaché de miasmes libidineux. Et puis Hydra, c’est Marianne, auprès de laquelle il étouffe de plus en plus. Il lui faut changer de port, changer son fusil d’épaule. Lui, l’homme aux cinq accords, se voit musicien de session à Nashville. Il deviendra singer-songwriter, en marge du revival folk à New York….

Ainsi va Cohen, cherchant à approcher Dylan et son monde, au cœur de la Big Apple. Il se passe quelque chose à New York qui l’intrigue, mais, comme d’habitude, il ne s’y immergera pas longtemps, ni complètement. Trop jeune et bourgeois pour les Beatniks, il sera trop vieux et ascète pour les folkeux, mais ça il ne le sait pas encore, et avec en guise de jument jaune une guitare mal foutue, il monte à la grande ville, une lettre de recommandation en poche, et une fraiche envie de recommencer. Son M. de Tréville est une dame, canadienne et assistante d’Albert Grossman, manager entre autres de Dylan, Mary Martin. Les mousquetaires qui l’aideront dans sa tache ne sont pas vraiment au nombre de trois, tant Cohen butine à droite et à gauche, drogues, amitiés et amour.

Il y aura Judy Collins, star montante du folk, qui aimera ses chansons sans trouver, en premier lieu, quelque chose pour elle –car Cohen au départ se voit plus scribouilleur que performer. Il y aura le légendaire Stanley Bard, manager/propriétaire du Chelsea Hotel, où Cohen échoue rapidement, comme une bonne partie des scènes et folk et rock (j’ai nommé, pour allécher, Jimi Hendrix, Bob Dylan, Joan Baez, Kris Kristofferson, Allen Ginsberg…). Il y aura Lou Reed et Nico. Au premier, lecteur assidu de ses œuvres, Cohen offrira son estime, et vice-versa, les deux artistes se complaisant dans les louanges admiratives de l’autre. A la seconde, Cohen de manière pas encore vraiment originale offrira son cœur, mais Nico, elle, préfère les hommes plus jeunes.

Chelsea Hotel

Pauvre Leonard. Ses débuts à New-York ne font pas mouche. Il en appelle à Marianne, qui quitte Hydra et vient le rejoindre avec son fils. La scène de leurs retrouvailles, Marianne chargée comme un baudet répondant à son lointain signe de la main par un splendide signe du pied, est un de ces rares souvenirs que Cohen garde en lui. L’homme n’est pas du genre à chercher à revivre une gloire passée ; qu’il avance ou qu’il stagne, il ne regarde que peu en arrière. Il loge Marianne et son fils dans un petit appartement, où il passe souvent, et découche tout autant. Pas à sa place, il se cherche, et la cherche. Le vent va tourner, et se vent s’appellera Suzanne.

 Suzanne(s)

Suzanne takes you down, to her house by the river…
Voilà en somme ce qu’entend Judy Collins au téléphone, un soir d’automne 1966. Elle avait indiqué à Cohen de ne pas hésiter à la recontacter, s’il avait d’autres matériels. Et, Suzanne, muant lentement du poème à l’hymne, est un sacré matériel. Il incarne l’air du temps, et l’intemporel Montréal. La chanson, sûrement le plus grand succès de Leonard Cohen, est le fruit de sa rencontre avec Suzanne Verdal, épouse d’un de ses grands amis, le sculpteur Armand Vaillancourt. Sur Suzanne, beaucoup de choses ont été dites. Le côté « reportage » de la chose est appuyée par Cohen, il y avait en effet du thé à l’orange et une maison près du St Laurent. Le côté platonique est lui bien rappelé par l’intéressée, et si Cohen touche son « perfect body with [his] mind » c’est bien faute d’avoir pu toucher autre chose. Et le côté fantasmagorique, ode à sa ville et ses clochers, laissera songeur des armées de rêveurs.

Judy Collins, In My LifeJudy Collins accepte de suite. Généreuse, elle s’entiche aussi de Dress Rehearsal Rags. Cohen perce enfin et ces deux titres sortent en novembre sur l’album In My Life de Judy. Son ange gardien ne va pas s’arrêter là, lui faisant/le forçant à faire sa première scène. Nous sommes le 30 avril 1967, et Collins à déjà enregistré son album suivant, sur lequel figurent trois nouveaux titres de Leonard. Le voilà enfin là où il veut, et il se plante. Sa guitare est mal accordée, et un trac immense l’envahi ; il essaie, bafouille et s’enfuit. Il faudra les encouragements de Judy et la liesse de l’assistance pour que Cohen, guitare accordée et déterminé, vienne finir son set. Il a survécu à ca, et tout va s’accélérer pour lui.

Mary Martin qui le manage plus ou moins fait venir John Hammond (découvreur de Dylan, Aretha Franklin and co) de Columbia dans la petite chambre de Cohen au Chelsea. Il lui joue son petit répertoire, et bingo, Hammond est enchanté, trouvant que Leonard a le truc en plus que les autres n’ont pas. Et voilà Leonard, signé chez Columbia - quand bien même hors Hammond, la grosse machine n’est pas trop emballée, et en route pour son premier album Songs of Leonard Cohen.

Jusqu’au premier jour d’enregistrement, Cohen n’avait jamais gracié un studio de son humble présence. Il se sent mal à l’aise, peu sûr de lui, il ne sait pas lire de musique. Alors Hammond, qui décide de le produire, l’accommode. Une lumière tamisée, une. Un miroir – Cohen, narcissique, ne jouait que devant des miroirs. Mais cela n’avance pas, si bien qu’Hammond, malade, se retire pour laisser la place à John Simon qui va un peu bouger Cohen. Des chœurs par-ci, une batterie par-là. On ajoute, on soustrait, la bataille est rude et constante, les deux hommes n’ayant pas la même vision de l’album. Au final, Songs of Leonard Cohen est un petit bijou, et ce malgré des arrangements ne jouant pas toujours en sa faveur. Cohen, qui se taillait jusqu’alors un petit nom de songwriter, s’offre au monde en tant que singer. Poète, chansonnier, chanteur, la palette s’élargit, et les finances suivent correctement. Le nom de Cohen se répand lorsque Judy Collins récidive et sort Wild Flowers dans lequel figure encore trois chansons du Canadien. L’album, sortant pendant les séances d’enregistrement de Cohen, prépare le chemin pour la sortie de celui de Cohen le 27 décembre 1967.


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