Chansons, textes
The Partisan

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Leonard Cohen

par Aurélien Noyer le 17 juin 2008

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En 1950, alors qu’il participait à un summer camp, Leonard Cohen découvre un ouvrage qui va le traumatiser : le People’s Songbook, un recueil de chansons folk dans lequel figure un vieil air de la Résistance française intitulé La Complainte du Partisan.

Moins connue que le célèbre Chant des Partisans (sans doute à cause d’une ascendance moins glorieuse que le chant écrit par Maurice Druon et Joseph Kessel), cette chanson fut co-écrite en 1943 par Emmanuel d’Astier de la Vigerie pour les paroles et Anna Marly, la compositrice quasi-officielle de la Résistance puisqu’elle a aussi écrit la musique du Chant des Partisans. Néanmoins, la chanson traversera l’Atlantique où elle sera adaptée dans la langue de Woody Guthrie par Hy Zaret, plus connu pour sa participation à Unchained Melody, succès des Righteous Brothers à la production estampillée Phil Spector et accessoirement une des chansons les plus enregistrées.

Rien de surprenant alors à ce que Leonard Cohen reprenne cette version sur son deuxième album publié en 1968. Il trouve dans cette chanson une réponse à sa fascination pour la Seconde guerre mondiale, lui qui intitula un recueil de poésie Flowers For Hitler ; car contrairement au Chant des Partisans, la Complainte n’est pas un appel au soulèvement. Au « Ohé ! partisans, ouvriers et paysans/C’est l’alarme !/Ce soir l’ennemi connaitra le prix du sang/Et des larmes ! » se substitue l’histoire d’un choix personnel : « Les Allemands étaient chez moi/On m’a dit ’résigne-toi’/Mais je n’ai pas pu/Et j’ai repris mon arme. » Pour quelqu’un comme Cohen qui n’hésitera pas à s’engager dans l’armée israélienne pendant la guerre du Yom Kippour, la chanson résonne comme l’œuvre du poète-soldat qu’il rêve d’être. Pourtant, alors qu’il ira en France pour faire enregistrer les chœurs en français, il amputera une strophe de la chanson : « Personne ne m’a demandé/D’où je viens et où je vais/Vous qui le savez/Effacez mon passage. » Pour quelqu’un qui passera sa vie à se débarrasser de son égo, l’omission est intéressante.

Suite à cette reprise, la chanson va alors profiter de la popularité de Cohen au sein de la scène folk et sera reprise par deux égéries du mouvement folk, Joan Baez et Buffy Sainte-Marie, chacune d’elle réadaptant subtilement la chanson : la première rajoutera la strophe supprimée par Cohen et changera le vers « I took my gun and vanished » en « Into the hills I vanished », une version plus en accord avec le pacifisme forcené de la madone du folk. Quant à Buffy Sainte-Marie, elle universalisera le message en remplaçant « J’ai la France entière » par « J’ai le ciel entier ».

Évidemment, c’est la version de Leonard Cohen qui marquera le plus les mémoires et sera reprise de nombreuses fois, notamment par 16 Horsepower aidés par Noir Désir pour le chant en français ou dans une version bruitiste par Electrelane. Chacune de ces versions restera néanmoins fidèle à la première version anglaise et ne corrigera pas le contre-sens du dernier vers qui, de « On nous oubliera/Nous rentrerons dans l’ombre », est devenu « We’ll come from the shadows ». Ainsi, alors que la version française présentait sobrement le partisan comme un anonyme qui prend son arme lorsque le besoin s’en fait sentir et retourne à l’anonymat lorsque la paix revient, la version la plus célèbre le présentera comme un héros qui reçoit finalement les honneurs que son courage mérite. Traduttore, traditore comme dit le dicton qui aura rarement eu autant raison...



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La Complainte du Partisan a été écrite en 1943 par Emmanuel d’Astier de la Vigerie (paroles) et Anna Marly (musique). Elle a été adaptée en anglais par Hy Zaret et la version la plus connue a été enregistrée par Leonard Cohen sur l’album Songs From A Room paru en 1969.