Portraits
The Beatles, mythe ou réalité ?

The Beatles, mythe ou réalité ?

par Psychedd le 25 novembre 2008

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J’en vois déjà qui soupirent... « Pfff, encore les Beatles. J’vois pas pourquoi on en fait tout un foin ! »
Le problème avec les Beatles, c’est qu’ils ont l’air mignons, genre bons garçons... Et que forcément, tout ce qu’on entend d’eux, c’est dans les pubs ou alors des trucs du genre Yellow Submarine.

Et pourtant... Les Beatles, c’est l’éternelle adolescence, une liberté, une grâce... Les Beatles ont cristallisé une époque, ils en sont les auteurs, les acteurs, les spectateurs. Oui, tout ça.
Étonnez-vous après qu’on en fasse tout un plat !

L’histoire de ce groupe est fascinante, il faut planter le décor et essayer de comprendre...

 Naissance(s)

...Comprendre ce que ça veut dire d’être un gamin à Liverpool, né durant la guerre et grandissant dans une des plus grandes villes industrielles du nord de l’Angleterre, à une époque où le monde occidental connaît un essor sans précédent et que comme par hasard, cette petite ville portuaire autrefois si florissante se retrouve en pleine débâcle économique et sociale. Détruite, lacérée, effondrée durant la Seconde Guerre Mondiale, en voilà un contexte moyennement fun pour grandir... Et puis, il y a l’Amérique, la petite sœur autrefois pauvre, qui fait un gros pied de nez de l’autre côté de l’océan et omniprésente grâce aux bateaux de l’US Navy qui remplacent les gros cargos de commerce. Échanges culturels et monétaires, Liverpool est maintenue en vie grâce à l’aide de l’oncle Sam.
Et à l’époque, tout se fait là-bas. Consommation, confort et gigantisme... L’Américain moyen se satisfait de sa petite vie, il n’a pas à se plaindre. Une génération silencieuse... Et qui dit silence, dit bruit. Au milieu des années 1950, un bruit, ou plutôt un son, perturbe les États-Unis bien pensants. Rock’n’Roll is born...

Et il faut bien le dire, c’est quand même un bon moyen de s’échapper de la misère ambiante. Pour la peine, la jeunesse anglaise succombe à ces nouveaux rythmes. De la musique « noire », jouée par des blancs, regardée par les plus vieux comme un phénomène particulièrement effrayant. Raison de plus pour que les gosses s’y mettent sérieusement. Hé oui, le rock a créé l’adolescence !
L’idole ultime : Elvis Presley et ses déhanchements qui font crier les filles de plaisir et les parents d’horreur.
C’est dans cette ambiance électrique que s’épanouissent nos joyeux lurons.

Nos joyeux lurons ? Quels joyeux lurons ? À ce stade de lecture, autant dire qu’aucune règle de politesse n’a été respectée, et comme c’est important, la politesse, laissez-moi faire les présentations des quatre protagonistes de notre histoire.

Il était une fois...

John Lennon, qui a eu la bonne idée de se pointer lors d’un bombardement, le 9 octobre 1940. Fils d’Alfred Lennon et de Julia Stanley, rien qu’une naissance pareille lui promet un destin pas commun. Sa mère lui ayant de plus donné le joli second prénom de Winston, en hommage à Churchill, voilà le genre de détail qui vous forge une personnalité ! Tout comme l’enfance du petit Lennon qui, on peut bien le dire, n’est pas franchement marrante : son père toujours absent de la maison, parce que trop présent dans les bars, et violent de surcroît, se fait virer par Julia qui trouve pour John un beau-père qui, au final, ne vaut pas mieux que son géniteur. A dix ans, le gosse se retrouve chez sa tante Mimi qui considère l’éducation donnée par sa sœur quelque peu légère pour le petiot. Niveau social, ça fait faire un bond au gamin qui quitte le milieu ouvrier pour se retrouver dans une maison avec jardin, dans un quartier légèrement plus classe. Ballotté comme ça, rien de plus normal que d’être moyennement stable dans sa tête. Reconnaissant envers sa tante, John ressent néanmoins un vide béant, celui de sa mère qu’il aime tant. Pour la peine, il va développer tout au long de sa croissance un esprit cynique, un humour assez particulier (souvent cruel même). Complexe, complexé et complexant, déjà un peu maniaco-dépressif mais extrêmement intelligent, Lennon est un gamin à part qui passe pas mal de temps à rêvasser, à écrire un journal satirique pour l’école (The Daily Howl) et à rendre dingues ses professeurs et la tante Mimi qui a un peu de mal à le suivre, malgré toute son affection pour lui. La seule qui réussit à le stabiliser et à l’apaiser est sa mère quand elle vient pour sa visite hebdomadaire. Il est là, bouche bée, à l’écouter chanter, lui raconter des histoires merveilleuses qui nourrissent un peu plus son imagination déjà bien fertile. Puis elle repart pour une longue semaine et ça, John a de plus en plus de mal à le digérer.

Mid fifties : le rock’n’roll déboule et fait mal. Lennon découvre avec passion Gene Vincent, Buddy Holly (qu’il imite en mettant le même genre de lunettes, ce qui a le mérite de mieux lui faire accepter sa myopie, parce qu’au moins, il a le style) et Chuck Berry. Émois adolescents, sauvages et électriques. Et excellent prétexte pour exprimer sa rage de vivre. Grâce à Julia, qui lui a offert un banjo et lui a aussi appris les bases du ukulele, John peut en plus jouer de la guitare (mal et sur cinq cordes, parce qu’il n’a pas appris avec six !) dans un groupe de chevelus dégénérés qui font du skiffle.

Le skiffle ? « Kekcéça ? », me demanderez-vous.
Je cite Paul McCartney : « Le skiffle précède de quelques encablures le rock’n’roll. Il y avait les ballades, les chansons idiotes avec le refrain (il chante) « tipiti-pop, tipitie-pop woupie ! ». Puis le skiffle est arrivé et là on retrouve une base blues. C’est plus nerveux et c’était certainement plus hip, donc très attirant pour des garçons de notre âge [...]. »

Paul McCartney tiens... En voilà un qui n’a pas tout à fait le même vécu que John Lennon mais qui va quand même utiliser le rock pour s’exprimer. Né le 18 juin 1942 dans une famille de la classe ouvrière qui mélange les origines irlandaises et écossaises, condition et origines dont sont extrêmement fiers ses parents Jim et Mary, qui n’hésitent d’ailleurs pas à les revendiquer dès que l’occasion se présente. De joli poupon, il franchit le cap de joli gamin, bosseur, bien sous tout rapport, et grandit tranquillement avec son frère Michael dans la douceur de leur foyer (ça fait un peu « Petite Maison dans la Prairie » non ?). Gentiment déconneur et très curieux, il apprend rapidement à jouer du piano, sur celui du salon, aidé par son père qui se rend compte que le gosse se débrouille pas trop mal. Il a en plus une sacrée bonne mémoire et sa mère trouve qu’il a un joli brin de voix. Mais bien que ses parents aimeraient mieux que tout ça reste dans le domaine du loisir, rien à faire, Little Paul est accro à la musique. Et assez intelligent pour combiner sa passion avec sa belle gueule, ce qui lui permet de se taper pleins de nénettes (et de rendre fou le pauvre père qui se trompe une fois sur deux dans les prénoms des diverses copines !). Quand le rock arrive, Macca se dirige vers le côté plus romantique et mélodique de Roy Orbison tout en vouant un culte au dément Little Richard, qu’il va jusqu’à imiter devant ses parents médusés et légèrement dépassés. Cela avant qu’un drame ne vienne ternir la belle vie des McCartney : le 31 octobre 1956, Mary meurt d’un cancer, événement marquant pour le jeune Paul qui va continuer malgré tout à faire de la musique pour oublier son chagrin. Lui aussi va commencer à jouer du skiffle : il va pour cela délaisser le piano pour se mettre à la guitare, instrument avec lequel il ne se débrouille pas trop mal.

Pas trop mal certes, mais pas aussi bien que le jeune George Harrison qui le prouvera un peu plus tard. Pour le moment, on remonte jusqu’au 25 février 1943 qui a vu la naissance du petit George, appelé ainsi en l’honneur du roi anglais (et qui s’en sort mieux que son frère que les parents ont eu la bonne idée d’appeler Harry...). Discret dès sa naissance, on sait assez peu de choses de lui au final. Ce qu’on sait par contre, c’est qu’il a toujours été assez solitaire et musicien-né. Aidé par ses parents, et plus particulièrement sa mère qui lui offre des instruments de qualité, il apprend la guitare et fait preuve de beaucoup de talent et d’une oreille sûre. Solitaire et effacé, il choisi d’écouter Carl Perkins, dont il pompe le jeu sobre et Jerry Lee Lewis. Proche voisin de Paul, ils ne se rencontrent pourtant pas avant un petit bout de temps.

Trois garçons déjà bien différents les uns des autres, mais unis par une seule passion : la musique. La musique qui sauvera d’ailleurs un autre gars de Liverpool, parti pour avoir une bonne cirrhose à vingt ans s’il n’avait pas commencé à taper sur des fûts (au lieu de les boire !). Richard Starkey, né le 7 juillet 1940, et par conséquent le plus vieux des quatre, fait figure de Cosette à côté de ses futurs acolytes. Né d’une famille vraiment pauvre, sa mère était dépressive et son père alcoolique. Joie et bonheur donc... Il est raconté dans certains ouvrages que le petit Starr aurait commencé à confondre biberon et bouteille de gnôle à l’âge de neuf ans (même si on ne boit plus au biberon à neuf ans...) et qu’à quinze ans, après un autre coma éthylique, il aurait été chassé de chez lui. Ramassé par une bande de Teddy Boys en panne de batteur pour leur groupe, il s’essaye bon gré mal gré... Et il tape correctement. On appelle ça de la chance, on appelle ça aussi avoir de l’oreille, parce que taper au hasard c’est bien, si en plus on sait bien écouter la musique et qu’on arrive à la reproduire sans l’aide de solfège, c’est mieux. Mais c’est malheureux à dire, Richard se traîne une grosse dose de mélancolie dans le caractère, chose compréhensible après son enfance chaotique. Pour pallier à ça, et pour essayer de voiler son côté dépressif, il s’orne les doigts de grosses bagouzes, ce qui lui vaut le surnom de Ringo (rings en anglais) et devient franchement rigolo. Avec lui, on peut être sûr qu’on va faire la fête. Quant au pseudo de Starr, on ne sait pas trop. À cheval entre le diminutif honteux pour masquer ses origines et un nom de famille qui ne doit pas lui rappeler de très bons souvenirs et le surnom qui fait rêver et qui va peut-être lui permettre de briller comme une étoile (haha !) au firmament des dieux du binaire (peu nombreux à l’époque, on vous l’accorde), le truc à admettre, c’est que ça le fait ! Et puisque c’est la mode, il va aussi jouer du skiffle dans le Eddie Clayton Skiffle Group et va se frayer peu à peu un chemin dans le milieu musical de Liverpool.



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