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Hudson River Wind Meditations

Hudson River Wind Meditations

Lou Reed

par Béatrice le 4 octobre 2011

Zéro

paru le 24 avril 2007 (Sound True).

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Soyons clairs dès les prolégomènes. Ici-bas dans le monde terrestre et matériel d’Inside Rock, on aime beaucoup Lou Reed. On l’aime, malheureusement, d’un amour incompris, puis qu’il a lui-même annoncé dans une vidéo mondialement connue [1] qu’il nous emmerdait. Il faut reconnaître que, peut-être, on l’aime d’un amour particulier qui peut parfois s’avérer tranchant voire franchement vache. Mais voilà, malgré tout les viles horreurs et les taquineries mesquines qu’on est capable de débiter à son sujet, on ne peut s’empêcher d’avoir une certaine tendresse pour le monsieur, ne serait-ce que parce qu’il commence en mûrissant à ressembler à un croisement illégitime et assez méta-tératologique de Finkielkraut, Cohn-Bendit et Krivine. Bref, pour dire les choses clairement : Lou Reed a beau être à pas mal de points vue la plus grande arnaque musicale (voire artistique) qu’a pu produire cet escroc de deuxième 20e siècle, [2] s’il n’existait pas, on aurait fichtrement besoin de l’inventer - et il n’est pas dit qu’on en serait capables !

C’est donc toujours un immense plaisir que de découvrir une nouvelle de ses toujours délicieuses facéties, que ce soit un concert à 80€ la place pour voir le « Metal Machine Trio » ou une déclaration mégalo sur l’indéniable immense qualité de Loulou, euh Lulu, le fruit de sa collaboration avec Metallica d’un truc que je ne peux pas nommer sans risque de me faire écorcher par d’autres membres de la rédaction qui soutiennent mordicus - et peut-être sont-ils dans le vrai- qu’il n’a jamais existé ailleurs que dans l’imagination dérangée de Lou.

Aussi est-on plus ravi que surpris quand un collègue généreux malgré d’occasionnels accès de méchanceté partage sa dernière découverte : un album de musique de méditation pour détendre le corps et l’esprit en faisant du taï chi dans un espace vaste et épuré directement inspiré du chant délicat de la rivière Hudson, qui est comme tout le monde le sait l’élément dominant du champ sonore new-yorkais. En somme, Lou Reed s’est, un après-midi d’ennui, composé un petit Nature & Découverte personnel pour accompagner ses séances d’oubli de l’ego (il doit y avoir du boulot, soit dit en passant et sans penser à mal). Comme il est généreux, il en a profité pour le diffuser, car il est toujours utile de pouvoir s’offrir un moment au calme en harmonie avec soi et l’univers, surtout quand on a le malheur d’être fan de Lou Reed [3], ce qui et c’est regrettable peut arriver à n’importe qui et même à des gens très bien.

Elvis faisait du karaté ? Lou Reed relève le défi !

Cet article, qui ne sert à rien soyons clairs, aura donc le mérite de vous avoir appris que le vingtième album solo de Lou Reed, sobrement et explicitement intitulé Hudson River Wind Meditations, se compose de 4 pistes, dont deux d’une demi-heure et contient... euh... comment dire... pas grand-chose. A ce stade, je suis forcée de reconnaître que mes connaissance en ambient et en musique de méditation sont assez limitées - même si une espèce de curiosité morbide m’a déjà amenée à jeter une oreille sur Les Chants du Vent, Les Symphonies du Tonnerre et de la Pluie Battante, Méditations des Oiseaux du Monde ou je ne sais lequel de ces disques qui mélanges bruits naturels de synthèse et boucles électroniques censément mystico-transcendantes qu’on trouve parfois dans les magasins de jardinage. Mon verdict après 20 secondes dans les bons jours oscillait généralement entre « eh bé quelle idée, en plus (bien sûr) c’est chiant » et « mais qui peut bien acheter un truc pareil ?? », mais je ne m’étais jamais demandé qui pouvait bien composer un truc pareil. Réponse : Lou Reed.

Quand Lou Reed le fait, c’est aussi abscons qu’à la borne d’écoute de Jardiland. C’est sans doute rock’n’roll malgré tout, parce que c’est beaucoup moins new age et beaucoup plus épuré (il n’y a pas de piou piou, de bruits de vagues ni de coup de tonnerre). En fait, c’est « Les Chants du Vent sur la Rivière », version abstraite. C’est conceptuel : Lou n’essaye pas de reproduire le son du vent qui caresse le fleuve new-yorkais, il essaye de reproduire l’idée du vent qui caresse le fleuve new-yorkais [4]. Nuance. Pour ça, il utilise des espèces de boucles un peu brumeuse et pas très identifiables (pour ce qu’on en entend il a peut-être tapoté le fond d’une casserole dans laquelle il avait installé un micro avant de triturer tout ça sur son Mac) qui évoquent de loin le flux et le reflux d’une vague molle, ou plutôt le bruit qu’on croit entendre quand on met un coquillage sur son oreille, et qui - rarement - subi une légère variation, comme quand on bouge un peu le coquillage. On se demande surtout s’il a vraiment fait tourner sa boucle pendant 28 minutes ou s’il a fait une boucle de boucle, voire une boucle de boucle de boucle [5]. Enfin, ça c’est pour le premier morceau, éloquemment appelé Move Your Heart.

Après, on monte d’un cran dans le conceptuel. C’est un larsen. Avec des échos. Et des grésillements. Lou triture son jack qui déconne (pendant 21’35). On voit plus trop le rapport avec les méditations de l’Hudson, dont le premier morceau pouvait pourtant évoquer les frémissements émus dans la brise de l’aurore (de loin). Mais ! Attention ! Concept ! Le morceau s’appelle Find Your Note : il s’agit donc de larsen et de dissonances dans la quête de « sa » fréquence intérieur ; Lou nous guide donc dans notre quête longue et fastidieuse de l’harmonie entre son soi intérieur et le monde extérieur, naturellement discordants et que tout l’enjeu de la méditation et de réussir à accorder. Bref, au bout de 25 minutes de ce traitement, les fluctuations sonores convergent progressivement en un son qui trouve progressivement sa cohérence et fini... non, désolée, en un autre larsen, ça fait mal aux oreilles jusqu’au bout.

Après, on a droit à 1 minutes cinquante qui pourrait être Lou enregistrant les rumeurs du fleuve depuis son balcon, ou, c’est plus crédible à New York, celles de la circulation, de toute façon la sagesse t’apprend que la vérité est dans la synergie des deux, bruits naturels et bruits technologiques, à moins que ce soit encore des larsens, enfin, c’est conceptuel, si tu n’as pas atteint le nirvana à ce stade de ta méditation Loulou ne peut plus rien pour toi, tu es un cas désespéré.

Cela se conclut par une reprise du motif initial (l’abstraction musicale du vent sur la rivière, donc), qui se transforme en reprise du motif du larsen, puis en une une superposition des deux avec en fond une rumeur qui évoque la troisième piste, pour montrer que c’est une affaire bien ficelée. Ca reste, disons-le tout net, assez pénible à écouter, même je ne suis pas sûre qu’il était fondamentalement nécessaire de tartiner tout un article pour en arriver à cette conclusion fort prévisible. Il est donc légitime de se demander pourquoi diable je me suis infligé l’écoute de ce disque (deux fois) pour écrire un article assez franchement superflu. Je n’aurais pas la prétention d’y répondre (demandez donc à Thibault, qui est méchant) et vous laisse donc méditer la question.



[1du moins si l’on suppose que le lectorat d’Inside Rock constitue une diaspora suffisamment globalement répartie

[2Ce qui ne signifie pas qu’il n’a rien fait de bien, nous nous garderions d’un tel jugement péremptoire, mais simplement qu’il y a un manque d’adéquation criant entre le concept Reed, et le concret

[3qui n’est pas très sympa avec ses fans, sinon il ferait moins de trucs WaTzeFesques

[4Oui, c’est un peu méta.

[5Pour le coup, ce serait carrément méta.

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