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La généalogie capillaire de Trent Reznor

La généalogie capillaire de Trent Reznor

par Laurence Saquer le 19 mai 2009

Trent Reznor, 44 ans, fondateur et leader du groupe Nine Inch Nails, brise le coeur, en ce moment-même, de centaines de milliers de fans féminines. Oui, c’est officiel : ce monsieur va épouser une madame qui, une fois les papiers remplis, sera Madame Reznor. Raz de marée numérique sur les forums et les blogs : c’est le cataclysme. Car Trent Reznor est un beau gosse. Enfin, moi je trouve.

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Mais King Of Pain n’a pas toujours reçu les faveurs de Dame Nature. Pourtant, génie informatique, excellent compositeur (il suffit d’écouter un titre comme La Mer sur The Fragile [1999] pour s’en convaincre, ou bien de réécouter sa propre version de Hurt sur The Downward Spiral [1994], reprise quelques temps plus tard par un Johnny Cash en phase terminale), Michael Trent Reznor est un homme de son temps. Sauf que le temps, ça passe... et que les cheveux, ça pousse.

Retour sur la carrière de l’homme qui aujourd’hui fait trembler Apple, à travers ses divagations (ou égarements, ou digressions, ou erreurs, n’ayons pas peur des mots) capillaires.

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Photo 1

198x ? Photo non datée (photo 1). Le jeune Trent vit avec ses grands parents qui le sensibilisent à la musique. Pianiste précoce, c’est depuis le clavier d’un Moog que Reznor fera s’envoler ses premières ritournelles (de celles que l’on peut saisir parfois sur Into The Void [1999] ou All the Love in the World [2005] notamment). Sauf que ses cheveux tous drus ne risquent pas de s’envoler, eux, tant la brosse des eighties fait rage dans les lycées des quartiers de la middle-class. La force de cette photo, c’est le caractère hybride de la coupe de cheveux, en raison de la timide raie au milieu du crâne qui tait son nom. On le sent très bien : Reznor amorce un virage fondamental dans sa carrière de garçon-coiffeur.

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Photo 2

Et hop ! 1982. Trent intègre un groupe de Cleveland, Option 30. Sur la pochette (photo 2, à droite) de la seule maquette à laquelle participera notre héros, ce dernier manifeste un enthousiasme qui fait plaisir à voir. « Mes cheveux poussent ! Mes cheveux poussent ! ». C’est l’envol du papillon, le début de l’indépendance, la résiliation de l’abonnement chez le coiffeur de famille.

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Photo 3

Car... car Trent se fait désormais couper les cheveux par ses copains (photo 3, au centre). C’est une solution économique adaptée pour celui qui avouera plus tard avoir récuré les toilettes d’un studio d’enregistrement pour pouvoir manger. De cette belle époque, durant laquelle il se fait prêter des ordinateurs pour enregistrer son premier single, Down in it, Trent gardera le goût de la provocation et des habits noirs, en cuir de préférence et en latex (ggrrrh...) parfois.

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Photo 4

Down in it est le tube qui lancera Trent dans le monde de la musique (en tous cas, celle qui fait gagner de l’argent). Nous sommes en 1989 et Nine Inch Nails, le groupe derrière lequel... il est tout seul, sort son premier album : Pretty Hate Machine. Et là, Trent Reznor ne plaisante plus, trop content qu’il est de voir son album dans les charts US au même moment où ses dreads commencent à caresser ses épaules (photo 4). Ça tombe bien et Reznor dit adieu aux années 80 en arborant, pas peu fier, le bandana (grave eighty) qui l’a accompagné durant toutes ces années.

En 1992, sort Broken, son deuxième biscuit. Désormais célèbre, Trent ne soigne plus son image (ce qui est un moyen de la soigner, comme chacun sait). Et là, c’est le début de la diabolisation dans les médias et de la saturation excessive des Korg de collection qu’il n’hésite pas à briser sur scène (apport essentiel à l’histoire des lives du rock and roll). « After everything I’ve done I hate myself for what I’ve become », murmure-t-il sur Gave Up. Voilà qui est dit et qui n’est pas fait pour rassurer.

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Photo 5

La sortie de The Downward Spiral deux ans plus tard vient enfoncer le clou du brushing gothique qui sied aux démonstrations vocales et physiques d’un titre comme March of The Pigs (ah, le clip de cette chanson : une prise en direct, une violence rare, une line-up des plus terrifiantes, une puissance abdominale certaine). Aux prises avec les démons de l’enfer, Trent vit mal cette période et décide de s’enfermer dans sa grande maison de rock star pour soulager son cuir chevelu des dommages causés par la boue de Woodstock 1994 (photo 5).

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Photo 6

Puis The Fragile pète à la figure du monde entiiieeer en 1999. Reposé, désintoxiqué, douché (?), notre bonhomme scanne le monde qui l’attend derrière sa belle mèche effilée (photo 6). On n’a jamais vu dégradé capillaire aussi menaçant. Si l’on entend les mouches voler sur le titre « Ripe (with decay) », c’est bien parce que Trent Le Conquérant s’apprête à n’avoir plus rien à faire de l’industrie du disque (et l’on sait à ce jour que l’avenir lui donnera raison).

Il faudra attendre 2005 pour réentendre le groove cinglant du premier VRP d’Apple et Cie. Six ans d’attente pour l’album With Teeth et autant de coups de ciseaux qui ont eu raison de l’instabilité de ses crins. En paix avec lui-même et avec ses mèches, Trent Reznor prend la pose au milieu de paysages sortis de l’imagination de son directeur artistique Rob Sheridan (photo 7).

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Photo 7

Cette photo porte un message intéressant : pour la première fois, le regard est porté vers le bas. Disparition de la défiance et apaisement des tensions, la pose du penseur debout est ici inaugurée. Le message est clair : « Je n’ai plus peur de ce qui peut me tomber sur la tête. Mate un peu ma tignasse ».

La délivrance des maisons de disques et de leurs contraintes juste après Year Zero [2007] fait du jeune Trent mal dans sa peau, un homme confiant qui ne s’enquiquine plus avec le style : « Hop, coupez moi ça tout court, je pars en tournée pendant des mois, pas envie d’être emmerdé moi » (photo 8).

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Photo 8

Le look du quadra à l’aise dans ses pompes est adopté par notre homme et ne le quittera plus. La pose des bras ballants non plus mais c’est loin de l’attentisme des monstres de type major que Reznor développe désormais un business model basé sur la gratuité... pour se faire un max d’argent. Et vous savez quoi ? Et bien, ça marche. Ghosts I-IV [2008] a fait sonner et trébucher plus de 1,6 millions de dollars en une semaine dans la soupière reznorienne. Notre cher bonhomme n’est pas près de perdre ses cheveux.

C’est ainsi avec les yeux grand ouverts et le front dégagé que Trent Reznor te regarde en 2009. Je crois bien qu’il n’y a rien d’autre à ajouter. Ce garçon est un homme comme les autres. Obsédé par ses cheveux.



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