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How To Destroy Angels (EP)

How To Destroy Angels (EP)

How To Destroy Angels

par Emmanuel Chirache le 2 juin 2010

4,5

Sorti le 1er juin 2010 (The Null Corporation)

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Il ne faut jamais désespérer de Trent Reznor. Le type est étonnant. Après avoir réalisé The Downward Spiral, qui restera le chef-d’œuvre ultime du metal industriel et l’un des plus grands disques de rock, Reznor avait tellement redouté de parvenir à lui donner un successeur qu’il réfléchira un bon moment avant de s’arrêter sur un projet musical définitif. Au final, la sortie tardive du double album The Fragile déroutera les fans tout en les surprenant agréablement. L’objet mélange en effet des titres plus pop (Into The Void) avec des bizarreries idéales pour une bande originale de film (The Mark Has Been Made ou Ripe (With Decay) par exemple), mais aussi des intrumentaux démoniaques (Just Like You Imagined) côtoyant des plages davantage contemplatives (The Great Below, La Mer). Le défi était joliment relevé. Mais pour combien de temps encore ? Arf, il faudra attendre six longues années pour entendre parler d’un nouvel opus de Nine Inch Nails !

En 2005 paraît donc With Teeth, qui provoquera une déception publique à la hauteur de l’attente. Pour la première fois, Trent peine à se renouveler et tourne en rond. Son chant n’a aucun intérêt, les morceaux perdent en invention pour se simplifier. Heureusement, l’angoisse de la piste blanche ne durera pas puisque dès Year Zero en 2007, Nine Inch Nails retrouve son meilleur niveau, son agressivité, son tempérament frondeur. La faiblesse du bouzin, c’est la voix de Trent. Ou plutôt son chant, qui a perdu tout ce qu’il avait de flippant autrefois, dans la spirale. Maintenant, monsieur chaaante. Et c’est moins bien. Sans doute est-ce pour cette raison que l’album suivant, intitulé Ghosts I-IV, ne contient que des titres instrumentaux... Le disque marque aussi la rupture avec Interscope Records et la création du label indépendant The Null Corporation, une petite révolution qui permet à Trent de se fondre parfaitement dans l’industrie musicale à l’ère du numérique : auto-production, promotion par le web, vente du disque sur le site Internet à prix variables, Trent a tout compris. Contrairement à d’autres, qui s’hadopisent à grande vitesse, Reznor fourbit ses armes pour résister à la grande bourrasque qui se lève et risque de balayer une bonne partie des majors et artistes préhistoriques.

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Bof, ma copine est mieux...

Cette logique, Trent Reznor la poussera à son comble en mettant son Slip en ligne, téléchargeable gratuitement. Pour ceux qui l’ignorent, ce fameux Slip n’est rien d’autre que le huitième album de NIN, soit le 27eme et dernier Halo connu à ce jour. Là aussi, une putain de réussite artistique. Salopard, va. Mais ce n’est pas tout. Peu après avoir sorti son Slip, Trent se marie alors avec Mariqueen Maandig, jolie petite asiatique qui chante dans un groupe dont tout le monde se fout. Une union au grand désespoir d’ailleurs de notre spécialiste maison ès Trent Reznor, j’ai nommé la charmante Laurence, qui se pâme devant un mec dont elle avoue pourtant qu’il s’habille comme un as de pique et qu’il se coiffe avec un pétard. Bref, monsieur Reznor convole, et comme tout con voleur, il dérobe sa dulcinée à son ancien groupe (celui dont tout le monde se fout) pour la faire chanter dans un autre, qu’il invente pour l’occasion et baptise How To Destroy Angels, parce que c’est le titre d’un disque de Coil et putain, c’est beau.

Depuis hier, leur premier EP (Extended Play, soit un « maxi » en français) est disponible gratos sur le net à cette adresse : http://howtodestroyangels.com/. Une sortie dans les bacs est envisagée pour juillet, mais chacun peut d’ores et déjà se faire sa propre opinion. Et la nôtre, c’est que ce disque est bougrement bien. Excellent, même. Si le morceau d’ouverture ressemble comme deux gouttes d’eau à ce que NIN a pu faire par le passé en y ajoutant une voix de femme, le reste de ce How To Destroy Angels met la barre bien plus haut. Dès Parasite, il est évident que Trent tient la grande forme. Le petit génie de l’électronique n’essaie pas ici de nous épater, plutôt de nous apaiser en jouant sur l’aspect répétitif et planant des nappes sonores qu’il invente avec toujours autant de finesse, de doigté et d’audace. Le morceau est une petite montée en puissance qui finit par les habituels cris stridents des machines, puis enchaîne sur un Fur Lined à la ligne de basse presque funky (LCD Soundsystem, sors de ce corps !). Le chant de Maandig s’incorpore bien à l’ensemble, suffisamment neutre et effacé pour laisser les bidouillages de Trent prendre le pas là où le frontman faisait parfois preuve d’une certaine prétention vocale qui desservait sa musique.

Déjà conquis, le fan n’a pourtant pas encore pris le meilleur dans la tronche. Le trio BBB, The Believers, A Drowning va se charger d’asseoir la réussite du groupe. Le premier est un trip lancinant, un brin martial (« listen to the sound of my big black boots » sur fond de bruits de bottes marchant en rythme), sombre, qui avale l’auditeur, l’ingurgite et le recrache dans un état lamentable. Il en redemande, le pauvre. Il veut retourner dans sa bulle reznorienne et n’en plus sortir. C’est le moment choisi par Trent pour placer son The Believers, démonstration de sa maîtrise dans l’articulation des sons, l’orchestration entre eux d’éléments aussi disparates à l’origine qu’harmonieux une fois mis en place. Impressionnant de voir à quel point tel bug, tel glitch, tel bruit mécanique ou virtuel, se fondent admirablement les uns dans les autres à côté de percussions bien réelles. Démentiel de perfection, un sommet. Pour finir, A Drowning noie l’auditeur par vagues de beauté, entre nappes de piano à la sobriété émouvante et arrière-plans expérimentaux où s’entrechoquent vers 2’25" quelques oripeaux de musique contemporaine génialement insérés en clin d’œil. Encore, Reznor, encore !



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