Pochettes
No Code

No Code

Pearl Jam

par Brice Tollemer le 15 janvier 2008

paru le 27 août 1996 (Epic).

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En 1996, après six années d’existence et environ vingt millions d’albums vendus, les membres de Pearl Jam font office de survivants parmi les groupes originaires de Seattle. Nirvana a disparu avec Kurt Cobain en 1994, Alice In Chains est entre la vie et la mort et Soundgarden a passé le dangereux point de non-retour. Pearl Jam lui-même a failli sombrer et se laisser submerger par ce tourbillon appelé grunge. Entre fantasmes médiatiques autour d’une rivalité supposée avec Nirvana et dommages collatéraux de la bataille avec le géant de la billetterie américaine Ticketmaster, le groupe est passé par tous les états. Le paroxysme de cette crise existentielle a d’ailleurs été atteint le 26 juin 1995, lorsque la formation décide d’annuler le reste de sa tournée américaine, après qu’Eddie Vedder, victime d’une intoxication alimentaire, n’ait pu aller au bout d’un concert à San Francisco, remplacé alors au pied levé par Neil Young, véritable parrain protecteur durant les moments difficiles de la carrière du groupe. Pearl Jam est fatigué de tout ce cirque et veut revenir à l’essentiel. Toujours pas de clip, plus aucune promo et arrivée de Jack Irons à la batterie, voilà les trois ingrédients de ce nouveau régime.

No Code est incontestablement l’album le plus « expérimental » du groupe. « Mankind » est par exemple chanté par le guitariste Stone Gossard, tandis que « Smile » voit ce dernier troquer son instrument avec le bassiste Jeff Ament. La nature même de la pochette s’inscrit dans cette logique expérimentale. Une fois ses quatre montants dépliés, elle contient ainsi 144 polaroids exactement, photos intrigantes prises par les cinq membres du groupe. Un peu dans le même esprit que la pochette d’Exile On Main Street des Stones ou que celle d’Achtung Baby de U2...Ainsi, on peut notamment voir, apercevoir ou deviner l’œil de Batman, une boule de billard avec le chiffre 5 (peut-être pour le « Five Against One » du second album, VS), un visage boutonneux du livret présent dans Vitalogy… Mais nous avons aussi à faire face à différents yeux, à des bouches édentées, à des mégots de cigarettes et à toutes sortes d’images et de figures difficiles à décrypter et à réaliser ce qu’elles représentent vraiment. Néanmoins, tout cet ensemble disparate et à première vue hétérogène prend toute sa dimension et son ampleur lorsque les quatre volets du livret sont déployés. Et alors, en prenant de la distance, on se rend compte que ce carré représente en définitive un œil centré au milieu d’un triangle, qui constitue le symbole de ce No Code. Ce n’est pas tout. L’intérieur de la pochette contient une série de neuf polaroids, contenant chacun au verso les paroles de certaines chansons. Il faut en outre savoir qu’il existe quatre types de sets de polaroids bien distincts selon les disques : la série C, la série O, la série D et enfin la série E. Un concept à rendre fou les collectionneurs les plus avisés…

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La pochette dépliée

Par ce design et ses compositions, No Code se révèle comme un disque déroutant, aux symboles multiples. L’ensemble reste pourtant harmonieux mais pour une partie des fans et de la presse dite spécialisée, la voie prise par Pearl Jam n’est pas la plus facile d’accès. Une page est définitivement tournée, et le groupe ne veut plus revivre les tempêtes du passé. C’est le temps de la discrétion. Aux dépens de l’album finalement ? « On s’est rendu compte que peu de personnes parmi celles qui nous suivaient depuis le début avaient été au courant de la sortie de No Code, reconnaîtra plus tard Eddie Vedder. Nous nous sommes sentis frustrés d’avoir mis tant d’énergie dans un disque pour qu’il passe inaperçu. Rien que la pochette avait demandé un travail considérable. Et j’ai vraiment regretté de ne pas avoir défendu ce disque en interview ».

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