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Backspacer

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Pearl Jam

par Emmanuel Chirache le 22 septembre 2009

3

paru le 21 septembre (Universal)

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Un nouveau disque de Pearl Jam, c’est un peu comme un matin de Noël. Difficile de résister à la tentation d’aller fouiller sous le lit des parents ou tout en haut dans l’armoire du salon, histoire de déballer nos cadeaux en avance. Mais imaginez deux secondes que vos parents viennent vous proposer, disons le 20 décembre, de jouer quelques heures avec vos cadeaux, juste comme ça pour tester. Hé bien c’est exactement ce qu’il se passe de plus en plus avec la musique puisque le fan peut maintenant profiter des chansons avant même leur sortie matérielle, par le truchement (quel mot magnifique) de myspace, du téléchargement légal ou l’opération du saint-esprit. C’est le cas avec Pearl Jam, qui mit Backspacer en écoute sur son myspace dès la semaine dernière. Du coup, entre la mise en ligne officielle, le piratage et la sortie du disque en magasin, on s’y perd et tout le monde ne découvre pas les chansons au même moment. Pas de grande émotion commune après des mois, des années d’attente. Tant pis.

Venons-en au fait : que penser de cette neuvième réalisation de Pearl Jam ? Dans les dernières œuvres du groupe, j’avoue pour ma part avoir préféré Riot Act au disque à l’avocat coupé, le premier montrant un éventail de styles plus étendu et diversifié que le second, tout en offrant de belles mélodies. Backspacer, lui, se veut dans la veine du précédent album mais avec Brendan O’Brien aux manettes. Le producteur de Yield allait donc probablement mettre sa patte à l’ensemble. Eddie Vedder confessa d’ailleurs naïvement avant les séances d’enregistrement : « Dans le passé, Brendan aurait dit « c’est une chouette chanson, mais il faudrait la jouer dans une tonalité différente » et on aurait dit non. Mais maintenant qu’on a entendu que Bruce Springsteen écoutait ses suggestions, nous allons le faire aussi. » Ok, et si Bruce saute du haut d’un gratte-ciel, tu fais pareil ?

Résultat, il y a aussi du Yield sur Backspacer, en même temps qu’il y a du Riot Act (un peu) et du Pearl Jam (beaucoup). Les titres d’ouverture sont donc incisifs, du rock brut sans trop de fioritures mais moins de génie qu’auparavant, comme Pearl Jam le pratique avec talent depuis les années 2000. Au fil des écoutes, Gonna See My Friend se laisse entendre avec plaisir, tandis que Got Some se montre véritablement réjouissant grâce aux aigus de Vedder qui chante « got some if you need iiiit ! » de façon délectable. Même urgence pour le single The Fixer, honnête, mais on lui préfèrera peut-être la voix d’Eddie à la limite de la rupture sur Johnny Guitar (excellent film de Nicholas Ray), tout ça en moins de trois minutes pour chaque morceau, pfiou, pas le temps de dire ouf. On souffle alors au milieu de l’album avec Just Breath, balade à la Into The Wild qui fonctionne malgré le sentiment étrange d’avoir affaire à un inédit de la fantastique B.O. du film de sean Penn. Petit coup de mou le temps d’Àmongst The Waves, rock mid-tempo dont la relative platitude rappelle les moins bonnes chansons récentes du groupe, et démonstration de sa difficulté à inventer une matière proprement neuve, comme le prouve aussi Unthought Known, décalque approximatif (et pas totalement raté) du Wishlist de Yield. Pour sympathique qu’il soit, Supersonic sonne trop comme le fantasme d’un Pearl Jam punk que le groupe semble nourrir de plus en plus, mélange de Dead Boys (ils reprennent parfois leur Sonic Reducer) et de Ramones (écouter à cet égard la version de I Believe In Miracles du Live at Benaroya Hall).

Sur Speed of Sound et Force Of Nature, l’ajout du piano vient agréablement relever le plat, alors que persiste le sentiment qu’il manque un brin d’audace ou de rage à ce Backspacer. De Force of Nature se dégage toutefois un supplément d’âme devant lequel on ne rechigne pas à prendre un certain plaisir. Retour à l’acoustique avec le bien nommé The End, et l’on se dit que Pearl Jam fait ici le boulot, sans folie, mais tout de même. Quelque chose dans le son du groupe a changé également au fil des ans, la batterie qui se banalise (on préférait Abruzzese, voire Jack Irons), la saturation des guitares qui s’émousse, la complexité des morceaux, même les plus simples, qui s’estompe. En devenant mature, Pearl Jam se veut plus rock et moins grunge. Pourtant c’était bien, le grunge.



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Tracklisting :
 
1. Gonna See My Friend (2:49)
2. Got Some (3:02)
3. The Fixer (2:58)
4. Johnny Guitar (2:50)
5. Just Breathe (3:36)
6. Amongst the Waves (3:59)
7. Unthought Known (4:09)
8. Supersonic (2:40)
9. Speed of Sound (3:34)
10. Force of Nature (4:04)
11. The End (2:58)
 
Durée totale :36’38"

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