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Placebo

Toulouse (Zénith)

Placebo

Le 22 novembre 2006

par Psymanu le 28 novembre 2006

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Le dernier album de Placebo, Meds, cartonne autant qu’il se diffuse sur les ondes. Sans doute parce qu’il est parmi leurs meilleurs, si ce n’est le meilleur tout court. Il contient de ces titres déjà canons mais chez lesquels on soupçonne un potentiel scénique supérieur encore. Sur le papier, donc, il y a de quoi se lécher les babines à envisager la tournée de promotion, pour tout Placebophile qui se respecte, mais aussi pour les autres.

Et pourtant, il y a cette rumeur, qui enfle. Oh, pas fort, certes, mais colportée par des gens dont le rapport au groupe et à sa musique est des plus divers. Sournoisement et le sourire en coin pour ceux qui se gaussent du succès toujours grandissant de la bande à Molko, le regard plein de dépit pour les autres, ceux qui l’aiment, ce trio (qui n’en est d’ailleurs plus vraiment un). Ainsi, les performances du groupe lors de cette dernière tournée auraient laissé comme une demi-teinte de déception. Parce que Placebo est une sacrée machine de live dont même les tubes rabâchés jusqu’à la nausée (Bitter End, au hasard) trouvent sur scène leur expression la plus percutante et parviennent à convaincre les plus sceptiques, être déçu par le groupe, en live, c’est compliqué. Quand bien même l’hystérie de certains fans hardcore aurait de quoi plomber littéralement l’ambiance, la musique l’a jusqu’alors toujours emportée sur le reste. Qu’est-ce qui a bien pu se passer, alors, pour que l’amertume s’empare de certains spectateurs ? Le groupe aurait-il perdu quelque chose sur les route sinueuses du succès planétaire ? Et puis reviennent en tête les passages récents du groupe à la télévision, ces petites grimaces que l’on s’est vu esquisser puis que l’on a vite ravalées en se disant « bah, les nouveaux morceaux ne sont pas rodés, c’est normal, une fois en tournée ce sera autre chose ». N’empêche, on cogite, dans la file d’attente, en serrant fort son billet dans la main comme pour le protéger de la fraîcheur automnale toulousaine.

Salle de concert, petites foules éparses, on est en avance, ce qui nous donne tout le loisir de choisir nos emplacements. La fosse, bien sûr. Coup d’œil circulaire, « alors c’est qui, le public de Placebo, en 2006 ? ». Des ados « rock’n roll style » ? Oui, il y en a, mais pas seulement, et même pas en majorité. Ce qui saute aux yeux, surtout, ce sont les plus-que-trentenaires, les quadras, ceux qui accompagnent leurs mômes bien sûr, mais aussi ceux qui sont venus seuls. Manifestement, et c’est déja une petite amertume au fond de la gorge, Placebo ratisse large. N’inquiète plus personne. Bien sûr, on a passé l’âge de faire peur aux parents avec un poster de Molko en jupe, même lui n’en est plus là. Il n’empêche, ça fait bizarre, ça sent déja un peu la consensualité, ce vieil ennemi de l’originalité et de la personnalité. Si Placebo rassemble trop, c’est peut être qu’il ne se ressemble plus et s’est dissout dans l’attente de son public.

À peine plus tard que l’heure dite, Emilie Simon entre en scène. Et le moins que l’on puisse dire est que le courant passe, immédiatement. Sa musique est aussi mignonne qu’elle-même, quoi que bien rock par instant (superbe I Wanna Be Your Dog. Celui qui claque, visuellement, c’est le percussionniste, totalement illuminé, aussi à l’aise lorsqu’il frappe un bidon que lorsqu’il manie les bruissements d’eau, et qu’on entend finalement assez peu derrière les samples, mais qu’on ne peut pas rater. Le set est évidemment assez court, mais donne envie de découvrir et revoir Emilie et ses boys, et l’on est vraiment tenté d’en redemander avec plus d’autorité lorsqu’elle nous quitte. Mais bon, c’est Placebo que l’on est venu voir.

De longues minutes s’écoulent, dans une attente fébrile, le temps pour les roadies d’installer le matos, puis les lumières déclinent, et l’ont sait que ça démarre. Frissons, cris. Le paravent se hisse, dévoilant ceux pour qui l’on est venu. Stefan est toujours très grand, Steve toujours discret (physiquement seulement), et Brian crane rasé. C’est Infra-Red qui ouvre le bal. Un de ces morceaux dont on espère monts et merveilles, dont on sent qu’il peut tout arracher en concert. Et c’est déjà la déception. Il manque quelque chose, comme de la conviction dans l’interprétation, c’est rond, bien léché, mais ça ne décolle pas. On se dit qu’ils sont encore engourdis, pour se rassurer, mais déja c’est comme si un froid était jetté. On enchaîne avec Meds, encore un single du dernier. Et c’est la même impression mitigée qui nous saisit. D’ailleurs, tout le début du concert est dédié au dernier album, balancé d’une traite. C’est à peine si Brian s’encquiert de son public. « Ça va bien ? », point barre, et malgré nous on entendrait presque « malgré tout... » à la suite. Comme si lui-même ne croyait pas vraiment à ce qu’il racontait, comme s’il n’y était pas tout à fait. Et la foule n’est pas tout à fait dupe. On surprend quelques signes d’inattentions de notre part, on décroche par brefs instants. Il y a de quoi s’interroger, pourquoi diable ces morceaux qui sonnent si bien sur disque paraissent-ils soudain exsangues, vidés de leur substance ? Alors on se concentre et on esssaye d’analyser. Première chose qui saute aux oreilles, Molko est monocorde et monotone, il ne tente pas de reproduire ce qu’il a déjà fait en studio, ce qui est un effort louable a priori, mais ça ne fonctionne pas.

C’est que Brian a totalement révisé sa façon de chanter. Et il a acquis certaines habiletés qu’il a, hélas, transformé en manie, et notamment celle de chanter plus haut que la mélodie d’origine, en laissant trainer sa voix pour qu’elle vibre, ce qu’il croit être une garantie d’émotion. Mais c’est une fausse route totale. Parce que jamais son timbre frêle n’est plus confondant que lorsqu’il se ballade dans les profondeurs. Parce que sa voix y est moins assurée, parce qu’elle le trahit davantage, parce qu’elle semble dévoiler ses faiblesses. Lorsqu’il se retient d’en faire trop, Molko ressemble à un petit garçon dans un corps maintenant adulte, comme prisonnier de celui-ci, perdu dedans. Et ça sonne comme un masque qui tombe et qui se brise. Il y a de la tristesse, chez lui, ce soir. Ou bien de la lassitude, peut être. Toujours est-il que I Want You et Drag s’enchaînent sans extase ni débordement d’aucune sorte. Space Monkey est raté, les parties vocodées sont inaudibles. Sleeping With Ghosts relève un peu la sauce parce que c’est une superbe chanson et qu’elle est plus propice à l’instauration d’un « climat ».

Puis, enfin, Placebo consent à s’interrompre. Miracle, Brian va parler. Il nous dit que le prochain titre, on ne l’a probablement, pour la majorité d’entre nous, jamais entendu sur scène. C’est de I Know, qu’il parle, issu du premier album. Stupeur. Qu’a-t-il voulu dire ? Il nous prend pour des auditeurs tombés de la dernière pluie et de Bitter End, il se fout de nous ? Ou bien c’est une boutade ? En tout cas on respire. Bon sang, quel morceau ! Et enfin quelque chose passe, on vibre, le groupe nous empoigne, nous carresse, partage. L’interprétation est magnifique, intense, pleine de mélancolie. Ils en sont donc toujours capables. Le concert prend enfin sa vitesse de croisière. D’autant que s’ensuit Song To Say Goodbye, dans un même esprit, qui confirme sa place fondamentale dans le répertoire de Placebo, malgré sa jeunesse. Nous disions que les vocaux de Molko étaient les plus touchants lorsqu’il ne se sentait pas obligé d’en rajouter dans les aigus, et Follow The Cops Back Home en est une preuve, montrant que finalement, la sobriété est une belle alliée. Plus tard, Special Need enfoncera le même clou, tout en gravité, juste avant que One Of A Kind ne montre la puissance de feu du groupe lorsqu’il sort le gros son. Surprise (mauvaise), Every You every Me et Without You I’m Nothing peinent à retrouver l’intensité qui fut la leur, ce qui n’est pas le cas de Bionic, nouvel indice qui laisse penser que Placebo devrait sérieusement envisager de laisser une part plus grande au premier album lors de des concerts à venir. Évidemment, comme prévu, les deux tueries live que sont Special K et Bitter End soulèvent un public peut être trop sage. Le groupe fait mine de s’en aller mais on ne va pas les laisser partir comme ça, et ils le savent.

Le rappel débute par un Running Up That Hill d’anthologie. Quelle bonne idée que cette reprise, décidément, qui s’étend comme une shape de plomb sur une assemblée captive, hypnotisée. Et il faut bien un Taste In Men pour nous faire sortir de notre torpeur. L’intro est comme à l’accoutumée prolongée jusqu’à la transe, avant que Steve Hewitt, monumental tout le long du concert, ne fasse exploser le tout. Enfin, 20 Years, puis lumière, puis tout le monde dehors.

Alors, alors. Que retenir de ce Placebo millésime 2006 ? Eh bien une absence totale de folie, tout d’abord. Terminées les espiègleries, le piquant. Le groupe a pris de la bouteille, ça se sent, et pas la meilleure. Ces absences du début de set sont inquiétantes. Brian a l’air blasé, il faut le dire. Il ne vient plus nous chercher, il nous regarde à peine. Lui, l’âme du groupe, le personnage séducteur/agaçant/charismatique, semble soudain s’être mis en retrait. Et puisque Stefan Olsdal ne prend pas le relais, et que Steve aurait bien du mal à se mettre en avant étant donné son poste, on reste avec cette barrière entre eux et nous, et la communion nécessaire entre les artistes et le public n’a plus lieu que ponctuellement. Les morceaux sont rondements menés, mais peut être trop, justement. Peut être ce soir-là le groupe était-il fatigué ? C’est à souhaiter. Sinon, c’est que quelque chose s’est cassé, ou bien que leur âge somme toute plutôt mûr pour des rockers les a rattrapé. La réponse au prochain album, probablement.



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Setlist :
 
Infra-Red
Meds
Because I Want You
Drag
Space Monkey
Sleeping With Ghosts
I Know
Song To Say Goodbye
Follow The Cops Back Home
Every You Every Me
Special Needs
One Of A Kind
Without You I’m Nothing
Bionic
Blind
Special K
Bitter End
 
Rappel :
 
Running Up That Hill
Taste In Men
20 Years