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Pétage de câble

Pétage de câble

par Emmanuel Chirache, Thibault le 6 janvier 2009

Pétages de boulon, curiosités bizarroïdes, musiques déglinguées, objets sonores non identifiés, chansons décalées par rapport au répertoire de leur auteur : que ce soit le temps d’un simple morceau ou tout au long d’une discographie, les rockers ont presque tous une fois dans leur vie lâché les élastiques. Parfois c’est génial, parfois c’est pourri. Mais c’est sans doute toujours un soulagement pour eux.

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Surfin’ Bird - The Trashmen (single, 1963)

Repris par les Cramps en leur temps, Surfin’ Bird et ses paroles débilissimes s’imposent comme l’archétype indépassable du délire rock’n’roll sur fond de surf. Épileptique et parfait.


Brother Jack (Frère Jacques) - Manfred Mann (Face B de Why Should We Not, 1963)

Sans chanteur à leurs tous débuts, les fantastiques Manfred Mann ouvrirent leur discographie par un 45 tours contenant deux instrumentaux ! Sur la face B, les rares personnes ayant acheté le vinyle eurent la bonne surprise d’entendre une reprise un peu spéciale de Frère Jacques, oui notre bien aimé Frère Jacques national. Le pire, c’est que c’est pas si mal.


I Hate You - The Monks (Black Monk Time, 1966)

Rois du pétage de câble, les Monks en avaient d’ailleurs fait leur profession de foi. Ils avaient pour ainsi dire porté la chose au rang d’art dans leur premier et seul disque, qui ferait passer Syd Barrett pour un homme sain d’esprit. A cet égard, I Hate You illustre bien cette démence absolument géniale et unique. C’est en vain qu’on chercherait son égale aujourd’hui.


In Another Land - The Rolling Stones (Their Satanic Majesties Request, 1967)

Ou quand les Stones se prennent pour Pink Floyd... Composé et chanté par le bassiste Bill Wyman, In Another Land est un petit pétage de câble dans le gros pétage de câble que représente le disque, essai psychédélique unique dans la discographie stonienne. Du clavecin, quelques effets étranges ajoutés sur la voix, des chœurs : c’est bizarre mais ça marche.


The Laughing Gnome - David Bowie (single, 1967)

Si vous ne connaissez pas ce truc 100% mythique, jetez-vous sur une bonne compilation Deram des premières années de Bowie ! A l’origine, il s’agit d’une chanson pour enfants qui a été rééditée lorsque Bowie est devenu une star. Ou comment embarrasser un type qui voudrait oublier une telle casserole... En tout cas, on ne se lasse pas de la voix du gnome en train de chanter et de se bidonner pendant trois minutes. Rire communicatif garanti.


Brown Shoes Don’t Make It - Frank Zappa (Absolutely Free, 1967)

Choisir une chanson bizarre dans le répertoire de Frank Zappa, c’est un peu comme choisir une bière dans un pub irlandais ou une table dans un restaurant vide : on a l’embarras du choix alors on hésite. Cela dit, il faut reconnaître que Brown Shoes Don’t Make It atteint des sommets dans le genre. Sept minutes trente de n’importe quoi, où les instruments copulent entre eux tandis que les rythmes vous mettent la gerbe à force d’accélérer puis de ralentir. Tout le monde crie, hurle et parle en même temps, et pas une seconde n’est accordée à l’auditeur pour souffler ni comprendre ce qui lui arrive : déjà, Frank Zappa est ailleurs, sur un nouveau délire.


Planet Caravan - Black Sabbath (Paranoid, 1970)

Plantée entre les deux riffs de guitare lourdauds et agressifs de Paranoid et de Iron Man, cette ballade extraterrestre semble s’être trompé de planète. Sur fond de guitare planante et de percussions orientales, la chanson avance à l’allure d’un chameau dans le désert. Tranquillement. La voix de Ozzy Osbourne, qui nous parvient depuis un endroit indéfini (un aquarium ? l’hyperespace ? ses chiottes ?), participe au climat stellaire de l’ensemble. Sur Master Of Reality (1971), les Black Sabbath remettront ça en pondant le magnifique Solitude.


Worms of Armageddon - Funkadelic (Maggot Brain, 1971)

Rien que le titre attire l’attention. Le frontman de Funkadelic, George Clinton, fait jouer à ses séides un funk barjot, tout en percussions en tout genres, bruits divers, guitares hendrixiennes remplies de reverb, c’est n’importe quoi, mais ça le fait. Du groove et des cris bizarres, chouette !


Have You Seen The Saucers ? - Jefferson Airplane (Face B de Mexico, 1970, et Thirty Seconds Over Winterland, live de 1973)

Ne pas s’étonner quand une bande de hippies défoncés vous demandent si vous avez vu les soucoupes volantes... ça devait finir par arriver, on leur avait pourtant dit que l’acide n’avait pas que des bonnes vibrations. Le morceau, lui, est totalement rempli de good vibes, avec ses chœurs mixtes ultra psychédéliques et ses petites lignes de guitare qui se sniffent dans la joie et l’allégresse. Trippant, vraiment.


Big Eyed Beans From Venus - Captain Beefheart (Clear Spot, 1972)

Des haricots avec des yeux globuleux venant de Vénus, voilà qui plairait aux gens de l’Airplane. Pour Beefheart, ce morceau étrange n’est qu’un délire de plus. Mais un délire fabuleux, tourné tout entier vers les guitares du Captain et de Zoot Horn Rollo dont les riffs hypnotiques s’entrecroisent et se répondent sans fin. L’une des chansons essentielles de l’ami Don Van Vliet.


D’yer Mak’er - Led Zeppelin (Houses Of The Holy, 1973)

Le cinquième album de Led Zeppelin peut s’interpréter comme celui du grand n’importe quoi, du meilleur comme du pire. On y entend à la fois les merveilles que sont No Quarter ou Over The Hills And Far Away, mais aussi des trucs inaudibles comme The Crunge et ce D’yer Mak’er qui nous confirme que les rockers ne devraient pas trop se frotter au reggae. Bon sang, mais qu’est-ce qui a bien pu traverser la tête de Page et Plant ce jour-là ? La fumée d’un joint, peut-être.


Ya Hozna - Frank Zappa (Them Or US, 1984)

Difficile de ne pas mettre un second Zappa dans cette playlist. Le choix cornélien s’est finalement porté sur Ya Hozna, une curiosité amusante. Tandis que Frank nous sort un riff métallique de derrière les fagots, George Duke, Moon Zappa et Napoleon Murphy Brock chantent à l’envers. Ou plutôt les bandes du chant sont passées dans le sens inverse de leur enregistrement. On paierait cher pour savoir ce que ça donnait à l’origine. Et le solo de Steve Vai vaut le coup d’oreille.


They’re Red Hot - Red Hot Chili Peppers (Blood Sugar Sex Magik, 1991)

A la toute fin de leur chef d’oeuvre, les Red Hot ont placé un truc con, une reprise déglinguée de Robert Johnson. Un peu plus d’une minute de blues foutu en l’air par Kiedis et ses petits camarades, What The Fuck ?!?


Endless Nameless - Nirvana (hidden track de Nevermind, 1991)

« Sans fin, sans nom ». Les deux propositions sont fausses, puisque le morceau en a bien un, de nom, et qu’en plus il possède une durée de vie limitée - Dieu merci ! Car la chanson est une vilaine impro noisy et déstructurée sur laquelle Kurt semble expier les atroces ambitions commerciales qui ont mené à Nevermind. Pour vos péchés, mon fils, vous me réciterez trois delirium tremens saturés et deux hurlare penibilis. Endless Nameless aura eu au moins le mérite de réveiller en sursaut plus d’un adolescent pensant que le disque était fini, et même de lancer la mode pas très glorieuse de la hidden track. Un truc typiquement années 90 et impensable aujourd’hui. Souvenez-vous, à l’époque on achetait encore des albums qu’on écoutait du début à la fin.


Easy - Faith No More (Angel Dust, 1992)

Mike Patton délaisse un instant la Caffeine et les riffs qui tuent pour se la jouer crooner décontracté sur fond de piano bar. Une petite mélodie qui fait valser les sens, quelques chœurs pour enrober le tout, et hop un single qui se hisse à la troisième place des charts anglais !


Bugs - Pearl Jam (Vitalogy, 1994)

Tortueux, le troisième album de Pearl Jam l’est. Mais rien ne laissait présager cette piste avec son accordéon en équilibre sur un tabouret bancal et Vedder qui souffle comme jamais. Etrange, tordu, très loin des riffs rebondissants à la Animal, mais finalement attachant, une réussite en fait.


Twist- Korn (Life Is Peachy, 1996)

En ouverture de leur deuxième album, Korn lâche une petite bombe de 49 secondes, un pétage de plomb intégral signé Jonathan Davis. Le chanteur hurle comme un loup-garou dans une langue incompréhensible pendant que ses petits copains font parler la poudre. Terrifiant, osé, efficace.


Pink Cigarette - Mr Bungle (California, 1999)

Mike Patton a du Zappa en lui, vraiment. Un de leurs grands points communs, c’est de concilier humour, parodie, foutage de gueule intégral et exigence musicale. Ici on se fend la gueule, mais avec de la qualité. Choeurs anapurnesques de n’importe quoi, mélodies chatoyantes, piano et claviers soyeux, une étape dans l’histoire de la déconne musicale, oui.


The Godfather - Fantômas (The Director’s Cut, 2001)

Lorsqu’on écoute Fantômas pour la première fois, il y a deux options possibles. La plus courante : « ah c’est bizarre... il crie beaucoup, c’est un peu du bruit ». L’autre, de loin plus futée : « Wooh, c’est quoi ce passage à la centrifugeuse ? » Hé oui, Mike Patton et ses sbires transforment le thème légendaire du Parrain en missile à fragments métallisés faussement blagueurs.


L’Europe - Noir Désir (Des Visages Des Figures, 2001)

Trois heures de jam réduites en vingt trois minutes. Avec Brigitte Fontaine et Akosh S, saxophoniste de free-jazz. Autant dire, rien à voir avec Tostaky, Les Ecorchés, etc. Donc l’Europe est une sorte de monstre difforme, où Cantat et Fontaine disent leurs textes sur fond de... euh jazz ? expérimental ? Ça fait très peur à première vue, mais en fait, même si on ne comprend pas du tout le sens de ce que raconte Brigitte truc, c’est pas mal du tout, même très bons par moments.



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