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Undiscovered

Undiscovered

James Morrison

par Emmanuel Chirache le 27 février 2007

2,5

paru en octobre 2006 (Polydor)

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Dans la grande famille des Morrison, après Van et Jim, je veux James. James Morrison est né à Rugby en 1984, il chante de la soul avec une voix cassée, il aime Otis Redding et Al Green, et il a 46 745 amis. Voilà tout ce que l’on peut apprendre sur la page myspace du chanteur, à peu près aussi passionnante que l’émission du dimanche de Michel Drucker ou les courses hippiques sur Canal +.

Vous vous dites sans doute que vous me voyez venir avec mes gros sabots, que je veux me farcir l’un des épigones des Paolo Nutini et autres Josh Groban. Hé bien, pas du tout. D’abord, James Morrison possède effectivement une belle voix et des qualités artistiques. En plus, il semblerait que le succès ne lui soit pas tombé tout cuit dans la bouche. Plutôt évasive, sa bio parle de parents divorcés et de dettes... Ensuite, on n’est pas là pour casser un petit jeune qui a suffisamment de goût pour écouter Stevie Wonder, Nina Simone, Sly Stone, Cat Stevens et Marc Bolan, même si sur la pochette il se prend pour Bob Dylan dans Blonde On Blonde, avec sa trogne un peu floue en gros plan et ses cheveux foufous.

Et puis de toutes façons, il s’en fout, le James : maintenant, il est pété de thunes. Il a vendu 300 000 albums rien qu’en Angleterre en une semaine et cartonne un peu partout en Europe. Notamment en France d’ailleurs, où n’importe quelle nana trentenaire qui n’a jamais entendu Astral Weeks ou What’s Going On vous le recommandera chaudement. Elles ne sont pas les seules, puisque la plupart des médias anglo-saxons (Q Magazine, The Daily Telegraph, The Guardian...) l’ont déjà consacré nouveau Otis Redding ; Le Times va jusqu’à écrire : « C’est comme si [James Morrison] avait volé l’âme d’un chanteur de blues noir américain de 80 ans » Personnellement, j’ai plutôt peur qu’il ait piqué celle de Barry White. Malgré tout cela, encore une fois, je ne demande qu’à aimer James Morrison. Seulement voilà, c’est chiant, James Morrison.

Ce n’est pas nul, attention. C’est chiant, c’est tout. Bien sûr, quelques morceaux sortent du lot et nous arracheraient presque un petit pas de danse, comme Under The Influence, The Pieces Don’t Fit Anymore ou Call The Police, seules chansons à faire enfin honneur aux grands maîtres soul du jeune homme. Pour le reste, Undiscovered est un concentré de guimauve sirupeuse (d’où Barry White) et commerciale. Chaque note sussure à la ménagère de moins de quarante ans un « achète-moi, je suis ton ami. Je ne te demande aucun effort pour m’aimer et tu pourras m’écouter tranquillement en fumant des Marlboro Light entre deux épisodes de Sex In The City ».

Dommage, car le talent évident du chanteur méritait autre chose que cette production libidinale (au sens où Deleuze parlait de la libido comme moteur du capitalisme, qui capte les désirs et les oriente sur un objet de consommation particulier). Au lieu de servir un projet artistique, la production arrondit les angles, lisse les aspérités, étouffe l’inspiration et cherche à sonner comme tout ce qui se vend. Exemple, ce One Last Chance dont la mélodie ressemble à s’y méprendre à celle de Cry Me A River de Justin Timberlake. Le pire, c’est que ça marche.

« Achète-moi, je serai gentil avec toi ! » Attendez, je crois que le disque veut me parler. « Tiens, j’ai fait du café. » Merci, c’est gentil, ça. Heu non, je veux dire ça suffit ! dégage de ma platine ! « Je t’aime. Dis à tous tes amis de m’acheter. » Le disque, tu sors.



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Tracklisting :
 
1. Under The Influence (4’06")
2. You Give Me Something (3’36")
3. Wonderful World (3’30")
4. The Pieces Don’t Fit Anymore (4’15")
5. One Last Chance (4’47")
6. Undiscovered (3’27")
7. The Letter (3’13")
8. Call The Police (3’44")
9. This Boy (3’52")
10. If The Rain Must Fall (4’04")
11. The Last Goodbye (5’15")
 
Durée totale : 44’04"