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Eskimo Snow

Eskimo Snow

Why ?

par Sylvain Golvet le 27 octobre 2009

4

Paru le 28 septembre 2009 (Anticon/Differ-ant)

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Judd Appatow, nouveau roi de la comédie US a quelque peu changé le visage du cinéma américain ces dernières années. Outre ses productions, souvent très drôles (Walk Hard, Zohan,...) ses réalisations mettent en scène de jeunes adultes déphasés, mal sortis de l’adolescence et qui tournent à la dérision les nouvelles responsabilités que requiert leur âge. Faut-il voir une affinité spirituelle entre ces films et Yoni Wolf, leader et fondateur de Why ? En tout cas, celui-ci navigue dans un univers pas si éloigné et n’hésite pas, à l’occasion de la sortie de cet Eskimo Snow. à se mettre en scène sur le web dans une série de sketches visibles sur la page Vimeo d’Anticon (http://vimeo.com/anticon). On le voit engager un nouveau manager/guide spirituel portant moustache et sandalettes, qui va, parmi d’autres absurdités, le pousser à se mettre à dos ses amis et le forcer à porter des Converse sponsorisées deux fois trop grande pour lui.

Nous n’irons pas jusqu’à affirmer que le label Anticon et par extension Why ? ont eux changé le hip-hop américain. Mais on peut sans peine affirmer qu’ils suivent leur propre voie. Co-fondateur du label de San Francisco, Jonathan « Yoni » Wolf se lance dans une carrière solo sous le nom de Why ? et sort plusieurs disques ainsi, entre hip-hop et indie. En 2005, il embauche du personnel, dont son frère, et sort Elephant Eyelash puis Alopecia en 2008 qui rencontre un beau succès critique. Deux albums qui démontrent une envie mélodique notable allié à des textes qui mêlent absurde et cynisme désenchanté. Issu des sessions d’Alopecia, Eskimo Snow pousse le bouchon encore plus loin.

Yoni Wolf : « This record, Eskimo Snow, is really the least hip-hop out of anything I’ve ever been involved with. » [1] Quand il s’attaque au genre, avec cLOUDDEAD (en compagnie de Doseone et d’Od Nosdam) notamment, cela donne déjà un hip-hop des plus particuliers. Avec cet Eskimo Snow, Wolf se frotte à l’indie, à la pop mélodique, naviguant dans les eaux d’Elliott Smith ou de Sufjan Stevens. Dès le début, la comptine These Hands, nous attrape pour nous faire naviguer entre mélancolie et naïveté. Naïveté qui s’exprime dès la suivante January Twenty Something et ses arrangements limpides, que l’on retrouve plus loin et qui évoquent les Beach Boys, dans un mélange de cloches, xylophones et percussions diverses. Against Me supprime alors toute résistance avec son clavier et son xylophone sautillants exécuté avec une énergie du désespoir qui se rapproche de l’esprit d’Arcade Fire. Les harmonies, descentes d’accords et changements brutaux de rythme d’Even the Good Wood Gone démontrent une maîtrise presque beatlesienne de la composition pop.

Quelques vers glanés ici ou là sont des indices précieux sur la mélancolie de l’affaire :

This song was a fever-dream,
first new year’s greeting on my answering machine,
a suicide note from my late-teens,
put to this melody.

(January Twenty Something)

ou

I wish i could feel close to somebody but i don’t feel nothing.
Now they say i need to quit doing all this random ffff***.
Now i think my upstairs neighbor hears me masturbating,
and there’s other one’s peeping through the slits in my curtains.

(Into the shadow of my embrace)

Mais là où le début du disque compensait cette mélancolie par une mise en musique ludique, on assiste malheureusement à un certain essoufflement final, avec une poignée de morceaux tombant dans une certaine apathie mélodique, dont un This Blackest Purse un rien plombant. Malgré tout, Eskimo Snow ne saurait certes se substituer dans l’oreille des auditeurs aux opus précédents de Why ? mais mérite néanmoins sa place à leur côté. On continuera donc à suivre la carrière de la bande à Yoni, dont l’évolution laisse présager d’un avenir radieux.



[1« Cet album est vraiment le disque le moins hip hop de tous ceux auxquels j’ai pu participer. »

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Tracklisting :
 
1. These Hands (1:47)
2. January Twenty Something (2:24)
3. Against Me (5:12)
4. Even the Good Wood Gone (4:19)
5. Into the Shadows of My Embrace (4:35)
6. One Rose (3:53)
7. On Rose Walk, Insomniac (2:08)
8. Berkeley by Hearseback (3:40)
9. This Blackest Purse (5:16)
10. Eskimo Snow (2:29)
 
Durée totale : 35’40’’