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John Parish

John Parish

par Yuri-G le 14 mars 2011

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Avec PJ Harvey à ses côtés, John Parish vient de publier A Woman A Man Walked By, nouvel album-duo radical pour lequel il signe les compositions. Aujourd’hui encore, l’homme perpétue la ligne de conduite expérimentale qu’il semble s’être fixé. Amoureux de la musique des origines (blues, folk, country), mais soucieux de la sangler dans des sonorités plus contemporaines, allant jusqu’à être glapissantes. De lui, on dira qu’il est un musicien dévoué et discret. On le devine entièrement concentré sur son art. Ce qui ne l’empêchera pas, a-t-il déclaré, de peaufiner sa mimique « Blue Steel » [1] spécialement pour la sortie de l’album.

Inside Rock : A Woman A Man Walked By révèle une nouvelle fois que tu es un compositeur et multi-instrumentiste atypique et créatif ; pourtant, on a l’impression que tu n’es pas encore totalement estimé pour ces qualités. On retient essentiellement ton nom en tant que collaborateur de PJ Harvey ou comme producteur [Eels, 16 Horsepower, Sparklehorse..., NDA]. Est-ce aussi ton sentiment ?

John Parish : Je ne passe pas trop de temps à me préoccuper de la façon dont les autres me perçoivent. Les différents enregistrements que j’ai fait exposent tous assez clairement ce qu’est mon engagement. Cela tient à la nature de la célébrité en général : sur les projets où je travaille avec des gens plus célèbres que moi, mon rôle est sûrement minimisé, et quand je travaille avec des gens moins célèbres que moi, mon rôle est sûrement exagéré.

I.R : Quand est née exactement l’idée de ce deuxième enregistrement en duo ? Est-ce qu’il témoigne d’une volonté, d’un désir précis ?

J.P : Nous avons toujours eu l’intention de faire un autre album écrit en collaboration. La raison pour laquelle c’est arrivé à ce moment particulier a été la redécouverte par Polly d’un vieil enregistrement que nous avions fait de la chanson Black Hearted Love. Elle m’a appelé et elle a dit : « hey, je viens juste de retrouver cette chanson et elle est géniale. On devrait en faire quelque chose ». Et c’est devenu le catalyseur pour faire l’album à cette période.

I.R : Quelle liberté peut-il y avoir entre Polly et toi, lorsque vous collaborez de la sorte ? Vous accordez-vous le droit d’intervenir, toi dans les textes et le chant, elle dans la musique ?

J.P : La musique est de moi à 100% et les paroles de Polly à 100%. Mais si l’un de nous a quelque doute que ce soit à propos d’un texte ou d’un morceau de musique, alors nous n’en poursuivons pas l’idée.

I.R : A Woman A Man Walked By est un disque étrange et éclaté. Les chansons évoluent dans plusieurs registres, avec des ambiances parfois opposées. Pourtant, sur l’ensemble du disque, on sent comme un fil rouge, une envie de s’aventurer dans un registre « americana » pour en donner une lecture sombre et dérangée, presque ironique. Qu’en penses-tu ?

J.P : Nous n’avons pas le sentiment qu’il y ait un concept d’ensemble derrière l’album. Durant l’étape de l’écriture, nous avons traité chaque chanson comme une pièce individuelle qui doit se tenir en tant que telle. Quand toutes ces pièces ont été complètes, on s’est donné du temps pour être sûrs que l’enchaînement des chansons soit complémentaire... que le tendre et le brutal se mettent en valeur l’un l’autre.

I.R : D’ailleurs, on remarque que c’est sur Dance Hall At Louse Point et ce dernier album que figurent tes compositions les plus extrêmes. Tes albums solos [How Animals Move, Once Upon A Little Time, NDA] sont plus tempérés. Est-ce quelque chose de prémédité ?

J.P : Ce n’est pas clairement prémédité.. mais je suis conscient qu’en tant que chanteuse, Polly a un bien plus grand registre que moi. En conséquence, je me sens capable d’écrire une musique plus extrême, en sachant qu’elle est capable de chanter dessus d’une manière qui m’est impossible.

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John Parish & PJ Harvey
©Maria Mochnacz

I.R : D’une manière générale, tes chansons ont un aspect cinématique (particulièrement dans How Animals Move ; tu as aussi composé des B.O). Les images affluent facilement quand on les écoute. Le cinéma est-il une grande source d’inspiration pour toi ? Des films, des cinéastes fétiches ?

J.P : J’aime effectivement beaucoup de musiques de films - j’en déteste aussi beaucoup, je dois dire.. - mais je suis absolument influencé par des compositeurs classiques comme Morricone et John Barry. J’apprécie le fait de composer pour un film - en étant libre de la structure d’une chanson. Être capable d’utiliser l’espace, de vastes espaces dans la musique, alors même qu’il y a un dialogue, un fond sonore, par dessus. J’aime vraiment les films de Hal Hartley [qui a d’ailleurs dirigé PJ Harvey dans The Book Of Life ; pour plus de détails, se reporter à la story, NDA] des années 90, mais je n’ai rien vu d’autre de lui depuis un moment. J’aime aussi la musique qu’il a écrit pour ses films (sous le nom de Ned Rifle). Le dernier film qui m’a vraiment impressionné, c’était Control. Des images et des sons incroyables. Et aussi, le film invitait plus à l’émotion que ce à quoi je m’attendais. Je savais que Corbijn pouvait rendre ça génial, mais j’ai été surpris à quel point l’interprétation était incroyable.

I.R : Est-ce qu’il existe des directions encore non empruntées dans ta musique, que tu aimerais explorer ?

J.P : J’ai bon espoir, il y aura toujours des surprises...

I.R : Quels artistes t’influencent ou te fascinent ?

J.P : Captain Beefheart/Don Van Vliet, Howe Gelb [chanteur-guitariste de Giant Sand ; Parish a notamment participé à certains de leurs albums, NDA], Brian Eno dans les années 70, David Bowie dans les années 70, des tas d’autres...

I.R : Les collaborations semblent être particulièrement importantes dans ton parcours. Tu es souvent entouré, même dans tes enregistrements solos. Entre toutes (et, bien sûr, en excluant Polly), laquelle t’a été la plus précieuse ?

J.P : Chaque projet est important à sa façon. Et chaque projet nourrit et influence à un certain degré la musique que je fais. Certaines collaborations durent plus longtemps, se développent sur des années, donc leur influence a tendance à être plus grande.

I.R : Des révélations récentes que tu aimerais nous faire partager ?

J.P : Rien de spécial récemment.. J’aime bien les deux albums de Jenny Lewis - Rabbit Fur Coat et Acid Tongue.

I.R : Comment se passe la tournée ?

J.P : Assez bien, à vrai dire. Le public a été incroyable. Bien sûr, on pense toujours qu’on pourrait donner plus... mais vraiment, tout le monde sur la tournée se donne plus que ce qu’il devrait.

I.R : Quels sont tes prochains projets ?

J.P : D’abord, finir la tournée. Ensuite j’espère achever l’écriture d’un nouvel album solo. Pour l’heure, ça en est à peu près à la moitié.

  • John Parish & PJ Harvey seront en concert au Bataclan les 17 et 18 mai.

Article initialement publié le 12 mai 2009.



[1Savoureuse référence à Zoolander

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