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Queens Of The Stone Age, la fosse

Olympia (Paris)

Queens Of The Stone Age, la fosse

Le 23 mai 2011

par Emmanuel Chirache le 26 mai 2011

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Un concert est un équilibre fragile. On peut y pénétrer totalement comme y être absolument étranger. Il m’est arrivé de participer à des concerts en observant la scène et la foule d’un point de vue extérieure comme derrière un écran, sans parvenir une seule seconde à ressentir la même chose que la plupart des gens. A l’inverse, il m’est aussi arrivé d’assister à des concerts et d’en faire partie intégrante, tandis qu’une bonne partie des spectateurs m’apparaissait hors du coup, trop distancée pour apprécier la musique. Et puis il y a l’acoustique ou la taille des salles, la dimension de l’artiste, la connaissance que nous avons ou non de son œuvre, la fatigue ou la forme, l’alcool ou la sobriété. Dans un Zénith, on se sent trop petit, dans un petit club, c’est le groupe qui n’a pas d’envergure... Tout cela, et bien d’autres choses, font que la plupart des concerts sont juste de bons moments, sympathiques, surtout agréables parce que nous sommes déjà acquis à la cause du groupe. La distance entre le spectateur et l’artiste semble même grandir au fil des années, renforcée par la multiplication des téléphones portables, iphones et autres appareils photo qui servent de plus en plus de prisme à travers lequel chacun verra le concert.

Les Queens of the Stone Age, a priori, sont taillés pour la scène. Ils l’ont souvent démontré. Le parti pris de cette nouvelle tournée consistait à jouer en entier le premier disque du groupe, réédité par Domino en 2010. Alors certes, Josh Homme a dit récemment qu’il commençait à en avoir marre de se répéter, mais quel autre groupe ne finit pas par vouloir changer de setlist à la fin d’une tournée ? Et, malgré les propos de Thibault dans une autre chronique sur Inside Rock, cela ne s’est pas tellement vu ni ressenti lundi dernier... du moins dans la fosse. Et là nous touchons le nœud du problème. Au balcon, où il y avait du monde, il semble qu’on n’ait peu goûté le son du concert. Il fallait aller dans la fosse pour voir un public conquis et plutôt satisfait du son. Un large sourire fendait les visages un peu partout, et la béatitude se lisait dans les yeux d’hommes et de femmes émerveillés par l’apparition de l’Homme.

Ecce Homme, donc. Avec son col de prêtre (vite retiré), sa chemise noire de jais et son cou de taureau saxon, le chanteur a traîné son faux air d’Elvis au regard vitreux imbibé de vodka tout au long du concert. C’est lui qui bien sûr maintient l’ensemble sur pied, avec l’aide du fantastique Joey Castillo à la batterie. Les autres, il est vrai, jouent avant tout leur partition de faire-valoir sympathique : Troy Van Leeuwen et sa cravate à la guitare, Dean Fertita et sa tête d’acteur de Plus Belle La Vie aux accessoires, Michael Shuman à la basse. Mais l’ensemble reste percutant, très percutant, ce qui permet aux morceaux parfois anodins du premier QOTSA de resplendir en live. Des titres gentillets dans leur version studio comme Walkin’ on the Sidewalks ou How to Handle a Rope deviennent tout simplement monstrueux, notamment le premier et son final dantesque, tandis que les fabuleux If Only, Mexicola et Give The Mule What He Wants prennent l’ampleur qu’ils méritent. L’apogée de cette première heure sera atteinte avec le dernier morceau, You Can’t Quit Me Baby, longue jam planante garantie 100% stoner.

Dans la fosse, l’ambiance est bon enfant et le son plus qu’acceptable. On distingue bien la basse, les solos... seule la voix de Josh est en retrait, ce qui semblait inévitable vu la puissance des instruments et la finesse de son chant. La balance, sans doute, aurait pu relever le niveau de son micro. A moins que ce mixage ait été délibéré, pour une raison quelconque. Bref, on s’en fout un peu. On saute partout, on secoue la tête et c’est bien là le principal. En revanche, le premier rappel est une grande déception : Monsters In Parasol, pas vraiment mon titre préféré du répertoire, est torché, et Turnin’ on the Screw peine à soulever l’enthousiasme. Idem pour Into The Hollow et surtout Little Sister, morceau éprouvant, sorte d’auto-caricature du groupe. Pendant ce temps, Josh Homme fait des câlins aux luminaires. Il est rond.

La fosse aussi, commence à devenir invivable : derrière moi, une fille craint d’être bousculée et me laboure préventivement le dos avec ses coudes. C’est une fille, j’imagine que ce serait malvenu de lui mettre un pain. Sur ma gauche, un débile mental s’appuie sur moi avec son bras dégueu plein de transpiration (j’aime la fosse mais je déteste toucher les types qui suent comme des porcs... un cas de masochisme intéressant), histoire de se reposer un peu sans doute. J’attends alors un prochain mouvement de foule et j’en profite pour le dégager d’un coup d’épaule. Hélas, c’est un autre type qui protège sa copine entre ses bras, façon « je crée une bulle autour de toi chérie, tu ne risques rien ! » qui se substitue au premier et il essaye de contenir tous ceux qui s’approchent avec virulence. En effet, les deux derniers rappels viennent de débuter et c’est la folie dans la fosse. Chacun prend des vilains taquets, un mec perd sa chaussure et montre sa chaussette à qui veut bien le laisser passer, tandis qu’une fille tombe dans les vapes. Comme d’habitude, j’échoue derrière le seul spectateur qui mesure plus de deux mètres. Il porte un blouson en jean, des lunettes de soleil et il ne bouge pas, en pleine fosse. Il a l’air aussi authentique qu’un sac Chanel vendu à Barbès-Rochechouart sous le métro aérien. Vu le pogo géant lancé aux premières notes de No One Knows, chanson plutôt calme, on redoute ce qui va advenir quand Songs For The Dead va retentir, et on a raison. En effet, l’apocalypse promis a bien lieu, et on mesure bien à ce moment-là l’étendue qui sépare le balcon de la fosse pour ce genre de titres...

Alors d’accord, ce ne fut pas le concert du siècle, mais ce fut un bon concert. En tout cas, hurler à « l’arnaque » est bien loin de la réalité. Et si on comprend tout à fait que certains apprécient davantage un concert du haut d’un balcon, en revanche on estime irrecevable le snobisme consistant à dire qu’il s’agit du seul et unique moyen d’écouter la musique en concert, comme si la fosse était une simple dépense d’énergie. C’est perdre, à mon sens, toute la substance d’un concert de musique populaire que d’y participer de la même manière que pour un opéra. La musique populaire réclame, à l’origine, une immixtion du spectateur dans le spectacle, là où la bourgeoisie proclame sa distance objectivante et intellectuelle. Résumer un concert passé dans la fosse à « dépenser quarante euros uniquement pour sauter devant des amplis qui sortent de la bouillie » marque une incompréhension totale des pratiques populaires face à un spectacle. C’est un peu la même réaction qu’on retrouve chez ces cinéphiles qui ne supportent pas la moindre réaction d’un spectateur dans une salle, alors que c’était la pratique courante chez les couches populaires que de s’exprimer face aux films aux débuts du cinéma. Aucune manière d’appréhender la culture n’est meilleure que l’autre, il s’agit juste de mesurer ce que l’on peut gagner et perdre dans telle ou telle façon. Lundi dernier, il valait clairement mieux sauter dans la fosse que rester perché.

Pour finir, un internaute a réalisé un long medley du concert de plus d’une heure avec son iphone 4 et windows movie maker. Même en imaginant le travail de mixage effectué par cet internaute, on constatera que le son n’est pas si pourri que ça...



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