Sur nos étagères
Wind In The Wires

Wind In The Wires

Patrick Wolf

par Béatrice le 19 septembre 2006

5

paru le 21 février 2005 (Tomlab)

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Très discrètement, dans les premiers mois de 2005, le visage d’un jeune homme vétu de noir, à l’expression quelque part entre la méfiance, le mépris et l’ennui, est apparu sur les étagère des magasins de disques et a commencé à toiser les curieux qui déambulaient entre les allées. Il n’y est pas resté bien longtemps, mais juste assez pour de se faire remarquer par quelques personnes intriguées qui par ce col à la forme bizarre, qui par cette frange de travers, qui par ce fond noir d’où ressortait la pâleur d’un visage et les mots « wind in the wires ». Cette pochette est d’une extraordinaire simplicité, Patrick n’est pas le premier, et sûrement pas le dernier, à poser pour une couverture d’album, et pourtant, pourtant, il y a là quelque chose qui cloche, surprend, intrigue, et pousse à se demander ce qui peut bien se cacher derrière : énième songwriter pop larmoyant ou phénomène indé inaudible ? Poseur inspiré ou excentrique de génie ? On aurait tout aussi bien pu s’arrêter à ses questions, reposer l’album, et oublier l’affaire. Seulement, le jeune homme est bien décidé à ne laisser aucun répit, et continue, imperturbable, à fixer d’un oeil inquisiteur quiconque passe à proximité du disque, jusqu’à ce que, finalement, on le retire de son étagère pour l’amener sur la sienne, et se décide à découvrir ce qui peut bien se cacher derrière ce visage. Et en fait, le disque de Patrick Wolf est comme sa pochette : simple mais innatendu, apparremment innoffensif mais dangereusement bancal, excentrique avec un morceau de bois et quatre bouts de ficelle, désabusé et émerveillé.

Patrick Wolf, de son vrai nom Patrick Apps, on ne sait pas trop d’où il vient, on ne sait pas trop où il va, on ne sait même pas trop où il est non plus. Wind In The Wires est son deuxième album, qu’il a enregistré presque seul, enfermé dans une cabane en haut d’une falaise, au fin fond des Cornouailles. Dedans, on entend la fureur des vagues, les hurlements du vent, les gémissements des herbes hautes, le martèlement de la pluie, la lente procession des nuages et le murmure du brouillard. On entend aussi un fulgurant désir de liberté, une exaltation anxieuse face à l’inconnu, et une magie fantômatique qui enrobe chaque chanson d’un voile mystérieux. Nimbé d’une ambiance étrange et envoûtante, Wind In The Wires ne ressemble pas à grand chose de connu, quand bien même par instants il rappelle vaguement les incantations de Nick Cave ou les sortilèges de Nick Drake. Il y a fort à parier que Patrick Wolf ne veut surtout pas qu’on puisse lui coller une étiquette sur le dos, ne veut surtout pas ressembler à ces héros d’un jour , qui s’en avoir rien à défendre se trouve propulsés sur un piédestal par un public avide d’idoles. Dans The Libertine, qui ouvre le disque, il décrit un paysage où l’imaginaire s’effrite et se détracte, jusqu’à s’assécher pour de bon, clamant qu’il « va prendre le risque d’être libre ». Libre, il l’est, chantant des histoires de fantômes, de tempêtes, de quêtes, d’envolées, de fuites, où le vent, la pluie et la mers semblent règner, et où le paradis prend des airs de maison abandonnée dans un environnement sauvage. Les airs s’envolent sous l’impulsion des violons, se déchaînent en motifs de piano entêtants et enivrants, s’apaisent avec la caresse d’un ukulélé ; la voix se tord, s’étire, glisse du grave à l’aigu et de la douceur à la rugosité, se pose, calmée, avant de filer dans une course endiablée, vite rattrapée, déformée, tortionnée par des bidouillages électroniques qui jettent sur les chansons des ombres menaçantes et angoissantes.

Il y a là autant de passion que de tendresse, de turbulences que d’éclaircies, de désir de fuites et de chaos que de besoin de calme et de paix, d’électricité et de rafales que de rayons de lune et de brises ; des poèmes incantatoires, odes à la natures et à la magie, et des chants désespérés, des lettres apaisées, des bilans tourmentés, au milieu desquels brille d’un éclat inextinguible la rage enfiévrée de Tristan, sommet d’un album intemporel échoué par hasard dans les bacs d’un disquaire...

"Forever young
I come from God knows where
’Cos now I’m here
Without a hope or care
 
I am trouble
And I am troubled too
 
My name is Tristan
And I am alive..."


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Tracklisting :
 
01. The Libertine (4’23’’)
02. Teignmouth (4’50’’)
03. The Shadowsea (0’37’’)
04. Wind In The Wires (4’18’’)
05. The Railway House (2’24’’)
06. THe Gypsy King (3’08’’)
07. Apparition (1’16’’)
08. Ghost Song (3’13’’)
09. This Weather (4’35’’)
10. Jacob’s Ladder (1’21’’)
11. Tristan (2’35’’)
12. Eulogy (1’44’’)
13. Land’s End (7’06’’)
 
Durée totale :41’30’’