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About Love

About Love

Plastiscines

par Emmanuel Chirache le 10 novembre 2009

3,5

Paru le 9 novembre 2009 (Because)

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Oui, j’ai mis quatre étoiles aux Plastiscines. Et je vous emmerde. Car je vois d’ici les petits Ahmadinejad du bon goût rock s’étouffer avec leur choco BN en lisant cela. « Quatre étoiles aux Plastiscines ! Rhaaaaa, xfrfxprefgijg ! » (vous aurez reconnu le bruit caractéristique de l’étranglement par manque d’oxygène dû à un bouleversement soudain de l’échelle des valeurs). Alors oui, évidemment la scène parisienne dont elles sont issues n’a pas bonne presse. Oui, moi aussi je déteste les Naast, moi aussi les BB Brunes m’ennuient, moi aussi je rigole bien en lisant la bio des Brats sur myspace : « Led Zeppelin, Queens of the stone age, The Stooges. Les Brats posent leur style avec classe et assurance. Ils tracent depuis leur route 2004 (sic !) en se foutant des phénomènes de mode, pour développer un rock puissant aux guitares instinctives. » Franchement, c’est drôle non ? Écoutez leurs morceaux, vous verrez, c’est plus drôle après. Bien entendu, à note égale les quatre étoiles attribuées à About Love ne valent pas celle d’un Donovan, d’un Stones ou d’un Damned. En réalité, trois étoiles et demi eussent mieux convenu, mais finalement ce n’est pas tant ce jugement subjectif qui nous intéresse ici plutôt que le sentiment qu’il faut outrepasser certains préjugés.

Tout ça pour dire que ce serait dommage de jeter le bébé avec l’eau du bain. En d’autres termes, les Plastiscines ont beau provenir de cette pseudo-scène rock qui se rêve en Libertines et ne fait que du sous-Téléphone, elles s’en démarquent depuis le départ avec la grâce qui sied aux jeunes filles. Avec ses réminiscences adorables de pop yéyé, depuis Zazie fait de la bicyclette jusqu’à Loser, même leur premier opus LP1 ridiculisaient les garçons. C’était franc, c’était frais, c’était français. Et c’était bien, vraiment. En concert également, nous avions pu vérifier qu’il s’agissait d’un vrai groupe (mais qui en doutait ?), prêt à en découdre avec le public. Très vite, il est donc devenu évident que Katty (chant), Marine (guitare), Louise (basse) et Anaïs (batterie) seraient les seules rescapées du naufrage quasi programmé de la scène parisienne, l’unique raison pour laquelle on pourrait remercier Rock&Folk d’avoir embauché Busty. Finalement, c’est un peu comme si l’émergence de toute cette scène n’avait eu qu’une raison d’être : rendre les Plastiscines possibles.

Malheureusement pour elles, les Plastiscines osent faire du rock alors qu’elles sont de sexe féminin. Pires, elles sont françaises. Pour tout gâter, elles sont jeunes. Lorsqu’il s’agit de porter un jugement sur leur musique, l’auditeur lambda (quel con, celui-là, vous avez remarqué hein ?) voit défiler devant lui toutes ces tares et ne peut s’empêcher de les laisser altérer son jugement. Tiens, pour une fois nous donnerons un nom à l’auditeur lambda : Laurent Ruquier, qui invita les Plastiscines à « On n’est pas couchés ». Convenons pour commencer que Laurent Ruquier qui parle de rock, c’est un peu comme si Cali donnait son opinion politique, comme si Laurent Weil parlait de cinéma ou comme si Thierry Roland commentait du foot. On ne peut décemment pas croire que des choses aussi horribles puissent arriver un jour. Bref, retour aux moutons : dans cette émission, Ruquier reprocha aux jeunes filles de « ne pas avoir l’air très rock ». Passons sur le fait que Ruquier n’a, lui, l’air ni d’un animateur ni d’un humoriste, pour souligner cette étrange remarque qu’aucun journaliste n’a jamais faite aux groupes masculins. Idem à Londres, où un pisse-copie anglais leur demande si c’est le label qui les a réunis pour faire un groupe, syndrome Spice Girls oblige.

Pourtant, il ne fait aucun doute que la musique des Plastiscines n’a pas grand chose à envier aux Anglo-saxons, qui eux ne s’y sont pas trompés puisqu’ils accueillent le groupe à bras raccourcis (un personnage d’Astérix s’est glissé dans cette phrase, sauras-tu le retrouver ?). Fort de leur succès, les Plastiscines ont donc réalisé ce que les autres n’ont pu que fantasmer : un second album. Produit par Butch Walker (Avril Lavigne, Pink), mixé par l’arrangeur des Franz Ferdinand, About Love égrène une litanie de petites bombes façon british pop à l’arrière-goût de new wave. Bien sûr, la comparaison avec les filles du rock vient tout de suite à l’esprit, que ce soit Blondie, les Donnas ou Veruca Salt (certains ont évoqué les Shangri-Las, on comprend moins pourquoi...), et pourtant il faut peut-être davantage chercher du côté de la testostérone pour ce qui est des influences, Franz Ferdinand, Kaiser Chiefs, Arctic Monkeys etc. A la première écoute, l’efficacité des compositions frappe l’esprit, à la deuxième c’est leur qualité qui s’impose, à la troisième on a déjà retenu les refrains. L’excellent I could rob you et ses chœurs de pom-pom girls qui accueillent l’auditeur aurait pu être un accident. Mais voilà que Barcelona hisse le niveau d’un cran et se permet d’envoyer du lourd tout au long d’une chanson impeccable de maîtrise et d’intelligence. C’est de surprise en surprise que l’on se promène alors : le fantastique Bitch et ses lettres scandées (« B-I-T-C-H ! ») convoquent The Gossip, les B-52s et même Bo Diddley (souvenez-vous, « I’m A Man »), Caméra maintient le cap et achève de conquérir son monde à grands coups de backing vocals face auxquels on ne peut que succomber. Les Plastiscines ont gagné.

On aurait pu s’arrêter là et avouer notre admiration, mais il se trouve que le reste du disque réserve encore quelques étonnants morceaux, comme ce From Friends To Lovers sautillant, un Time To Leave épatant, ou encore cet Another Kiss sur lequel, signe des temps, on entend un refrain clairement inspiré par les Queens of the Stone Age ! Comme tout le reste, la chanson est admirablement produite, alternant les tempos et les volumes, voguant sur le retour d’un rock dansant et sexy incarné par les Eagles of Death Metal que les Plastiscines écoutent certainement si l’on en croit le tatouage « Peace Love Death Metal » porté par l’une d’entre elles... Évidemment, le groupe n’est pas exempt de quelques petites lacunes. Le passage à l’acoustique, en particulier, peine à convaincre à l’image d’un I’m Down pas très inspiré ou d’un Coney Island sympathique mais un peu simpliste. De même, sans doute leur faudra-t-il à l’avenir éviter de coller aussi près le son de leurs idoles, j’en veux pour preuve ce Runnaway tellement pompé sur Franz Ferdinand. Mais dans l’ensemble About Love se révèle attachant et redoutable, une réussite devant laquelle on serait bien bête de bouder notre plaisir évident.



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