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Roger Waters (Dark Side Of The Moon - Live)

Magny-Cours

Roger Waters (Dark Side Of The Moon - Live)

Le 14 juillet 2006

par Psychedd le 25 juillet 2006

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Roger et moi. Une longue histoire d’incompréhension et de vague peur provoquée à la simple vue de son faciès chevalin... Une histoire qui, en ce soir du 14 juillet 2006, s’est transformée en roman d’amour. Oui, à tout jamais, je suis réconciliée avec ce grand échalas imberbe qui m’aura fait rêver pendant 2h30.

Désolée pour ceux qui n’aiment pas les romans-fleuves, mais je me dois d’expliquer cette aventure en remontant tout au début de l’histoire. Car choisir d’aller voir Waters en concert ne fut pas une chose aisée pour moi...

Début 2006, la nouvelle tombe : l’ex-bassiste de Pink Floyd donnera un concert à Magny-Cours, à l’occasion du centenaire du Grand Prix de France. Première réaction : « Ah oué ? Bof... »
Quand j’apprends qu’il jouera l’intégrale de The Dark Side Of The Moon, je réagis un peu différemment : « Ah oué ? Mais sans Gilmour, ça risque d’être vilain... ».
Oui, honteusement, je l’avoue, Roger Waters m’a toujours plutôt laissée indifférente. Entendez bien le Waters musicien, pas le Waters parolier. Sans ça, comment revendiquer mon droit de fan du Floyd ?
Pour ce motif, j’avais zappé son show parisien de 2002, j’étais donc partie pour zapper l’édition 2006...

Et pourtant... Moins d’un an auparavant, j’étais au Live 8 et j’avais vibré en même temps que des milliers (des millions ?) d’autres personnes. Mon regard sur le grand échalas imberbe avait déjà changé, mais je ne voulais pas l’admettre.
Le déclic s’est produit en mars, à la suite du concert de David Gilmour, d’où j’étais sortie quelque peu déçue. En apprenant que Nick Mason serait également présent le 14 juillet, je commençais à m’amuser à l’idée de voir une fois de plus les quatre Floyd dans l’année, bien qu’en version Ikéa (en kit quoi...). Je venais de voir Gilmour et Wright, et je n’avais pas été transcendée. Pourquoi snober Waters et Mason, même si le résultat devait être le même ?

Je me suis tâtée fortement jusqu’au mois d’avril : j’y vais, j’y vais pas ? Jusqu’au jour où mon barbu a prononcé la phrase magique : « Imagine que le concert soit génial (ricanements de ma part)... Tu passeras toute ta vie à regretter de ne pas y être allée ! » Toute ma vie ? C’était beaucoup dire, mais subitement, j’ai compris que refuser cette expérience, c’était effectivement me promettre des regrets pour un bon bout de temps. Pour choisir les billets, ce fut facile : le budget réduit nous a imposé d’emblée des places en pelouse normale. De toute manière, il y aurait certainement des écrans géants...

Au fur et à mesure, les nouvelles tombaient : rumeurs sur la présence de Rick Wright, son quadriphonique assuré pour tous... Au fur et à mesure, ma curiosité a grandi et mon envie d’y être est allée crescendo. Envie motivée par la perspective de pouvoir rencontrer bon nombre de floydiens.
Commença alors une lutte acharnée contre moi-même : je regarde la set-list avant ou pas ? Je m’écoute les albums solos ou pas ? Je retente l’expérience Final Cut, quitte à en être malade, ou pas ? Je suis contente d’y aller ou pas ?
Sur bon nombre de questions, les réponses furent négatives : je décidai de rester « vierge » jusqu’au jour fatidique... Mais il me semblait que plus l’on avançait, et plus j’étais heureuse et impatiente (quoiqu’un peu inquiète) d’assister à ce show.

Quand au mois de juin Arnold m’a appelé pour me dire qu’il tentait d’obtenir au moins une accréditation, et que s’il y arrivait, ce serait un cadeau pour ma pomme, toutes les craintes se sont évanouies et je me suis mise à rêver que je pourrais peut-être faire la chouille avec Roro. Comme on est bête quand on se fait des films ! Mais à côté de ça, le patron l’a bien dit : Roro oui, mais il ne faudra zapper ni Tony Joe White (un illustre inconnu pour moi), ni Laurent Voulzy. Ravalant ma fierté, je me suis sentie prête à affronter toutes les Belle Ile en Mer du monde, au nom de ma pseudo-conscience journalistique (oui, j’ai le melon...)

Début juillet, tout s’accélère : Arnold a réussi à obtenir deux invitations en pelouse or. Reste le problème de la place en pelouse normale... Nous la proposons à un ami qui doit décliner l’offre, puis nous pensons au petit frère du barbu, 14 ans au compteur et qui n’a jamais vu de concert de sa vie. Au fond de moi, je l’envie ce petit... Je sens bien la claque arriver, mais je ne sais pas du tout qu’elle va carrément me retourner.
Le 11 juillet, la nouvelle de la mort de Syd Barrett m’anéantit et me fais redescendre sur Terre. Pass ou pas, invitation ou pas, je sais maintenant que ce concert aura une autre dimension pour moi. Ça s’annonce particulièrement émotionnant. Et pas que pour moi. Le soir même, je vais chatter avec quelques floydiens. Nous chialons ensemble et Astronomy-Domine propose une idée pour rendre hommage à Syd : des ballons. Des ballons multicolores qui seraient lâchés au moment clé de Shine On You Crazy Diamond. J’adhère tout de suite et je fais le serment intérieur de m’époumoner sur cette chanson en l’honneur de mon héros qui vient de disparaître.
Le 13 juillet, c’est le branle-bas de combat... Deux heures avant notre départ en Bourgogne, je me réveille enfin et je file mon numéro de téléphone à beaucoup de gens. Je commence également à m’inquiéter pour cette histoire d’invitations. Il était temps. J’en fais flipper Arnold et je décide d’arrêter les frais en stressant toute seule dans mon coin... Stress qui ne me quittera plus jusqu’au lendemain.
Arrivés en Bourgogne, dans la maison familiale, mon père n’en peut plus : « Ouah ! Vous allez voir Voulzy ! ».

14 juillet : enfin ! Avec le barbu, nous émergeons à l’aurore (soit 9h30 du matin), fébriles. Tout est planifié pour que nous arrivions sur le site aux alentours de 15h. C’était sans compter sur notre sens de l’organisation et notre ponctualité légendaires. À 13h30, nous aurions déjà dû être partis. À 14h, Cédric commence à pester sérieusement. Incrédule, je réponds à ses râleries que, de toute manière, le concert commence à 19h et que nous aurons largement le temps d’y être. Aujourd’hui encore, je m’auto flagelle d’avoir été si tranquille. 14h30, toujours en état de fébrilité intense, désormais mêlée à un stress monstrueux, nous décollons direction Magny-Cours. Tout se passe bien jusqu’à Nevers quand soudain, c’est le drame ! 5km avant le site du concert, nous sommes accueillis par des bouchons monstres. J’appelle Arnold pour lui communiquer notre position : lui est en plein cagnard et me dit qu’il nous attend. Une demie heure plus tard (à 17h), nous avons parcourus quelques mètres, des gens commencent à garer leurs voitures sur le bas-côté pour rallier le circuit plus rapidement à pieds, ça ressemble très vite à un magnifique chaos désorganisé. Je suis encore dans un état de détente et intérieurement, je pense à ma vidéo pourrave de Woodstock, quand Jerry Garcia parle de « mosaïque de voitures ». Dans l’habitacle, la température monte.

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© B-Side Rock, Arnold

Arnold me rappelle, il est tout simplement en train de mourir de déshydratation à nous attendre. Il m’apprend également qu’on lui a donné un pass pour un parking spécial. Je lui propose de venir nous rejoindre dans la voiture, nous ferons ainsi le reste du trajet ensemble, sans risque de se louper. Le pauvre, venir à nous est chose aisée. Atteindre l’entrée du circuit en bagnole est déjà plus ardu... 18h, 18h30, à 45°C minimum, je commence à sentir une pointe d’exaspération et le temps semble s’être complètement arrêté. Au moins, nous avons le temps d’admirer en détails l’arrière de la scène. Au loin, je vois des gens qui s’installent sur la pelouse. Je les envie tellement que je suis prête à tout lâcher sur le champ pour les rejoindre. Je décide néanmoins de ravaler mes rêves et de rester solidaire avec les trois garçons qui font preuve d’un courage et d’une patience exemplaires.

 Première Partie

Un peu avant 19h, et par conséquent, juste avant Tony Joe White, nous arrivons au niveau des premiers parkings, notre joli autocollant bien en évidence. Très poliment, nous demandons à un type de la sécurité où nous devons aller. À la vue des deux chevelus à l’avant, il semble se poser une question d’éthique : des gens comme ça dans un paddock de F1, ça ferait pas un peu tâche ? Pour répondre à notre question, il nous dit seulement que pour le concert, c’est mieux d’aller au parking sud, ce sera plus pratique et nous serons bien vite devant la scène. Dociles, nous suivons son conseil. Grâce à ce charmant monsieur, nous loupons en beauté Tony Joe White, dont nous entendons des sons au loin. 19h30, nous sommes toujours bloqués et je commence à vraiment m’énerver. Apparemment, je ne suis pas la seule. Encore pire qu’un bouchon sur le périph’ parisien en plein retours de vacances, à l’heure de pointe. Le découragement est même si fort, que je commence à croire que nous allons louper et Voulzy, et Waters. Autant faire demi-tour maintenant, tout est perdu. Je deviens franchement désagréable pour la peine...

20h : le ciel commence subitement à s’assombrir. Laurent Voulzy a démarré son set et nous sommes encore loin du parking providentiel. Au loin, des éclairs commencent à se faire voir. Ça sent mauvais, très mauvais... Puis le tonnerre se fait entendre, spectacle son et lumière ! Mieux qu’au drive-in ! Ma mauvaise humeur commence à se communiquer à mes trois compagnons d’infortune et elle augmente encore quand un préposé au parking VIP (vide) nous demande d’aller encore plus loin. Soudain, c’est l’anarchie dans les rangs : les gens devant et derrière nous sortent de leurs voitures, se mettent à hurler et décident de virer les barrières de fortune qui nous bloquent le passage. Nous n’attendions que ça pour nous engouffrer dans ce maudit parking. Enfin ! Nous nous garons et je recommence à sourire, tout n’est pas mort pour nous. Jaillissant de la voiture comme des diables sortant de leur boîte, nous y rentrons aussitôt : l’orage qui ne faisait que menacer nous tombe dessus, accompagné d’une pluie diluvienne. J’hésite entre exploser d’un rire hystérique ou franchement fondre en larmes... Ni l’un ni l’autre : nos jambes en bouillie et la grosse chaleur nous poussent sous la flotte. Tant pis, ça va nous rafraîchir et je recommence à penser à Woodstock. Avec un peu de chance, nous ferons un concours de jeté dans la boue !

Subitement, le temps s’accélère de manière incroyable : dans un court laps de temps, nous avons le temps d’apercevoir un jeune homme déjà passablement éméché, en train d’uriner devant tout le monde, de rencontrer un ami d’Arnold, qui l’attend pour avoir sa place depuis quelques heures, de courir jusqu’à la buvette pour acheter une petite bière à 5 euros et d’arriver devant les grilles où les chemins de mon barbu, son frère et moi, vont se séparer... Sur scène, Voulzy chante Le Soleil Donne, tandis que la pluie redouble. Je ris intérieurement. Au moment de son Rockcollection, je me dis que le son est incroyable et je me surprend à observer les effets d’une écoute intensive de Nostalgie dans ma prime jeunesse : je chante... Cédric est intercepté par un type de la sécurité : avec son appareil photo, je sens qu’il est grillé d’avance. Coup de chance, ce brave garçon est un de ses collègues qui se fait un peu d’argent de poche avec cet évènement. Pour ceux qui ne veulent toujours pas y croire, le piston est une technique, certes honteuse, mais d’une efficacité imparable. Grâce à ce collègue providentiel, Cédric et son frère me suivent sur la pelouse or. Je dois dire que je suis extrêmement heureuse : Arnold ayant un pass pour aller prendre des photos devant la scène, je m’attendais à passer tout le concert seule dans une foule compacte remplie d’inconnus... Voulzy étire son morceau medley, je ne l’écoute plus. Nous ne pensons plus qu’à une chose, retrouver les floydiens que nous connaissons et avancer un peu plus pour avoir la meilleure vue possible. Le temps que Laurent joue Belle Ile En Mer (que j’affronte héroïquement) et nous avons déjà réussi à grapiller quelques places. Une fois sa prestation achevée, il remonte sur scène avec un monsieur très classe, président d’une association de recherche médicale (si j’ai tout bien compris) pour la moelle épinière et le cerveau. Laurent est sympa : il vend l’une de ses guitares aux enchères pour cette association et il le fait savoir... Laurent est ému, il adore Pink Floyd et de les voir ce soir, ça le rend tout chose (on le croit, il le répète 20 fois !). J’aimerai venir lui tapoter sur l’épaule et lui dire que ce n’est pas tout à fait Pink Floyd que nous allons voir. Mauvais signe : ma fanattitude commence à prendre le dessus...

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© B-Side Rock, Arnold


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