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Honkey Kong

Honkey Kong

Boots Electric

par Emmanuel Chirache le 19 janvier 2012

4

Paru en septembre 2011 (Dangerbird Records)

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Oh... Girl by Boots Electric on Grooveshark

La pochette hyper kitschouille de Honkey Kong est au disque ce que le générique écrit en rose fluo était au film Drive. Une sorte d’avertissement qui dit « attention ! contenu décalé ». On entend déjà les râleurs, les déçus de tout poil regrettant que Jesse Hugues se soit « égaré » en solo, arguant que c’était en réalité le seul Josh Homme qui tenait la baraque des Eagles of Death Metal sur ses larges épaules. Il y a maldonne. Contrairement à ce que certains avancent, la réussite des Eagles doit beaucoup aux bacchantes les plus sexy des années 2000 : Jesse Hugues compose, chante, bouge son popotin et raconte des conneries avec une affabilité réjouissante. Dès le départ, il était évident que Hugues avait une vision œcuménique du rock et que son église ne ferait pas d’ostracisme. D’autre part, son espèce de personnage à la fois queutard et gay friendly ne pouvait que déboucher sur un disque aussi dansant et décomplexé que ce Honkey Kong.

Avec cet album, Jesse prouve non seulement qu’il peut se passer de Josh Homme pour faire de la musique, mais surtout qu’il n’a pas envie de se cantonner aux Eagles toute sa vie. Se sachant limité, il n’ambitionne pas de faire une musique trop complexe et prétentieuse. Pour autant, il sait que la force du rock a longtemps été sa simplicité, et son objectif faire danser les foules. A cet égard, le disque est une vraie réussite. A coup de subtiles références à l’histoire du rock, Boots Electric, car c’est son nom, réinvente le rock pour se déhancher. Rien de fondamentalement génial, mais une tripotée de chansons excitantes, qui plairont à coup sûr aux filles et aux amoureux du rock’n’roll primitif. Il faut combattre les préjugés que la première écoute engendre pour découvrir un songwriting plutôt fin et savoureux, loin d’être voué aux oubliettes. Les synthés, les boites à rythme, les slips moulants, tout cela doit être dépassé. Après trois écoutes, les airs ne quittent plus l’esprit de celui qui les a entendu, et vous vous surprendrez vite à fredonner tout haut « I loooove you aaall the tiiime », formidable petite déclaration d’amour !

En réalité, chaque titre marque son empreinte comme un tatouage sexy sur votre mémoire, que ce soit l’adorable Dreams Tonight, qui rappelle les girl groups des sixties, ou le très glam rock Oh Girl. On dirait du Mika pulvérisé par les New York Dolls et David Bowie, du Jagger falsetto chantant du Roy Orbison sous acides. Sur No Ffun, le chanteur prend son courage de crooner à deux mains et roucoule pour nous. Le fantasque Jesse Hugues se permet même des clins d’œil aux Monks (le riff de Complexity démarque leur How To Do Now), des speechs gospel (Speed Demons) et des délires zappaïens (le superbe Trippy Blob pourrait être une nouvelle version de Bobby Brown Goes Down par exemple), sans oublier le final country qui convoque guitare dobro, fiddle (violon populaire des Etats-Unis), et chœurs de péquenauds. Voilà clairement un disque qui passe inaperçu mais qu’il faut garder précieusement car il ne perdra pas une ride. Et quand, dans cinq, dix, quinze ans, vous en passerez un bout, croyez-moi les gens demanderont : « c’est bien ça... c’est quoi ? » Regard caméra, clin d’œil, générique de fin.



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