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Korn

Korn

Korn

par Brice Tollemer le 15 mars 2010

Paru le 11 octobre 1994 (Immortal/Epic)

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Oui, à Inside, on est so nineties. On est plein d’autres trucs également mais n’allons pas trop loin dans les détails. Les années quatre-vingt dix sont déjà un domaine et un sujet suffisamment larges pour ne pas s’aventurer dans les méandres déstructurées de la rédaction. L’ultime décennie du siècle dernier est tellement riche et variée. Tout comme l’est l’année 1994, durant laquelle on compte plus d’albums incontournables que de mois. Jugeons. Proposons. Examinons. Certes, Kurt Cobain se suicide, mais Nirvana livre le plus célèbre Unplugged de la série. Toujours du côté de Seattle, Soundgarden réalise son meilleur album avec Superunknown et Pearl Jam accomplit Vitalogy. Marre du grunge ? Allons donc en Californie respirer l’air du punk ensoleillée avec Dookie de Green Day et Smash d’Offspring. Ou bien encore la power pop de Weezer, la brit pop de Blur (Parklife) et d’Oasis (Definitely Maybe). Marre du mainstream ? Pavement sort Crooked Rain. Un peu mou du gland ? Nine Inch Nails envoie de la Downward Spiral à gogo et Reznor produit le premier Manson. Dummy de Portishead et Grace de Jeff Buckley complètent la donne. Et du côté de Los Angeles, un nouveau venu va dynamiter pour un temps le metal. Comme on a moins d’idées pour désigner les mouvements du rock que pour nommer les tempêtes, typhons et autres ouragans, on appellera ça neo-metal. Pan dans la face.

C’est en 1993 que Korn se forme vers Bakersfield, à cent quatre-vingt kilomètres au nord de la cité des Anges, lorsque les musiciens d’un groupe local, Creep, à la recherche d’un chanteur, tombent sur Jonathan Davis qui officie alors au sein de SexArt. Tout ce beau monde s’entend par la suite très bien et commence à répéter sous une nouvelle appellation, Korn. Mais c’est bien la rencontre avec le producteur Ross Robinson qui va définitivement sceller le destin de la formation. Jeune ingénieur du son qui a notamment auparavant déjà travaillé avec Machine Head ou Fear Factory, Robinson compte énormément dans la réussite et le succès de Korn. Par la suite, on le verra par ailleurs aux manettes du Roots de Sepultura, du premier Slipknot ou bien encore du Relationship Of Command de At The Drive-In. Il produit donc la première demo du groupe, Niedereyer’s Mind, qui voit le jour à la fin de l’année 1993. C’est Paul Pontius d’Immortal qui les fait signer sur son label. Davis et les siens peuvent par conséquent se plonger dans l’enregistrement de leur premier album durant l’été 1994, du côté de Malibu.

This place inside my mind, a place I like to hide
You don’t know the chances. What if I should die ?
A place inside my brain, another kind of pain
You don’t know the chances. I’m so blind

Dès les premières secondes de « Blind », le doute n’est plus permis : Korn vient de donner un bon coup de chevrotine dans les fesses du metal. Une atmosphère glauque, malsaine, des riffs gras et lourds, une rage enfouie et maladive au service d’un mal-être explosif. Le disque connaît très peu de répit au cours des douze titres qui le composent. « Clown » en est l’un des plus emblématiques. Narrant une baston de Jonathan Davis à San Diego, la chanson exprime plus largement l’inadaptation que peut ressentir n’importe quel adolescent lors des années lycées (Hit me clown because I’m not from your town now, hit me clown). Et puis, plus généralement, peut-on faire plus glauque et plus malsain qu’un clown ? Un être vil et fourbe qui enlève les enfants en leur faisant miroiter un bonheur éphémère fait de ballons, de friandises, de farces et d’attrapes. « Divine » et « Fagget » continuent d’insuffler cette ambiance pesante et enragée et nous entraînent irrémédiablement vers ce qui constitue sûrement l’un des plus grands morceaux de Korn. Une introduction solennelle à la cornemuse, nous y voilà. « Shoots and Ladders » déboule. Parodiant à souhait les chansons enfantines typiques américaines, le titre oscille durant cinq minutes entre les murmures tribaux et les hurlements animaux, entre le rêve des comptines et la violence sauvage du monde adulte, terrifiant et ineluctable.

Nursery rhymes are said, verses in my head
Into my childhood they’re spoon fed
Hidden violence revealed, darkness that seems real
Look at the pages that cause all this evil

« Daddy » conclut de manière pratiquement funeste ce premier album, évoquant les abus dont auraient été victimes quand il avait douze ans et le refus de ses parents de le croire.

La bande de Bakersfield vient donc de créer le neo-metal en cette glorieuse année 1994. Life Is Peachy, deux ans plus tard, installera confortablement Korn au sommet du metal mondial et Follow The Leader confirmera amplement ce statut. Par la suite, les choses devinrent plus compliquées pour le groupe et son chanteur, et par compliqué on veut évidemment parler de la reprise de « Creep » lors de l’Unplugged de 2007. Mon dieu que c’était compliqué.



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1. Blind (4:19)
2. Ball Tongue (4:29)
3. Need To (4:01)
4. Clown (4:37)
5. Divine (2:51)
6. Faget (5:49)
7. Shoots & Ladders (5:22)
8. Predictable (4:32)
9. Fake (4:51)
10. Lies (3:22)
11. Helmet In the Bush (4:02)
12. Daddy (17:31)
 
Durée totale : 65:51

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