Pochettes
Odessey and Oracle

Odessey and Oracle

The Zombies

par Béatrice le 7 octobre 2008

Paru le 19 avril 1968 (CBS), réédité maintes fois depuis avec différents assortiments de bonus.

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L’odyssée des groupes mal nommés, épisode 1... (notez au passage le très subtil et réfléchi choix du premier mot de cet article). On pourra certes arguer qu’il y aurait eu d’ autres choix plus évidents et plus renommés que les Zombies pour servir d’exemples de mal baptisés, mais, qu’importe - et puis d’abord, ils le méritent, autant parce que c’est un plaisir de parler et qu’on ne peut donc décemment refuser un prétexte d’attirer l’attention sur eux, que parce que pour un groupe mal nommé, c’est un groupe mal nommé ! Mal nommé, et en plus, on l’a déjà dit, pas si renommé que ça, fort injustement d’ailleurs. Enfin, n’exagérons rien, le single Time Of The Season a quand même fait son petit effet à sa sortie, et leur mirifique album de 1968 (dont il va être question ici, si tout se passe bien) se voit souvent attribuer une jolie place dans les sempiternelles listes des meilleurs albums de l’univers de tout les temps dans le monde occidental depuis Elvis Presley. Ceci dit, sorti du cercle relativement restreint des amateurs d’obscurs groupes lumineux, leur aura reste somme toute plutôt limitée, surtout si on la compare à celles de leur plus illustres contemporains et concurrents tisseurs de mélodies, comme, ben, soyons originaux un peu, les Beatles et les Beach Boys. Pourtant, leur chef d’œuvre n’a rien à envier à ceux des deux grands su-cités, bien au contraire. Si l’on était partisan de la relecture farfelue de l’histoire et de la construction d’hypothèses bancales expliquant les grandes tendances de la musique populaire de la seconde moitié du XXe siècle, on serait tenté d’avancer que s’ils n’ont pas connu le succès qu’ils méritaient, c’est uniquement parce que ces abrutis n’ont pas su s’assurer une place en début de gondoles en choisissant un nom commençant par une lettre du début de l’alphabet (comme, par exemple, un raisonnable B), et n’ont rien trouvé de mieux qu’un nom commençant par un Z, afin d’être sûrs et certains d’être relégués tout au bout. Et l’on en reviendrait donc à la question du nom mal choisi.

Même à supposer que la première lettre du nom d’un groupe n’aie aucune incidence sur son succès populaire (ce qui est fort probable, quoique pas démontré à ma connaissance), il faut bien reconnaître que s’appeler The Zombies quand on fait de la pop baroque, lumineuse et chatoyante, c’est pas très malin. Même à une époque où celui qui serait capable d’imaginer une abomination esthétique telle que le death metal n’était qu’à peine né, gageons que le terme « zombies » n’évoquait pas un imaginaire qui avait grand chose à voir avec celui, justement, des Zombies. Ce n’est pas très grave, et puis, « zombie » est un très joli mot, qui, si l’on oublie toute connotation nécrophile pour ne s’en tenir qu’à la simple sonorité, rebondit élégamment sur les tympans. Si l’on ne s’en tient qu’à sa simple sonorité donc, le nom du groupe ne va pas si mal avec son esthétique. Preuve en est, il s’intègre fort bien dans la chatoyante composition qui orne la pochette de Odessey and Oracle - et c’est ainsi qu’on en vient au sujet de cet article.

N’épiloguons pas trop sur l’album en question, dont on a déjà parlé sur ce site lorsqu’on l’a promu au rang d’Incontournable, et contentons-nous de dire que c’est un magnifique disque, plein d’harmonies scintillantes, de mélodies délicatement baroques, et de chansons proprement renversantes interprétées à la perfection (que croyez-vous, on n’est pas promu on rang d’incontournable juste pour ses beaux yeux ! ). Ajoutons qu’il s’agit d’un disque bien vivant pour une œuvres de trépassés, même si là n’est pas la question. Le nom ment sur la production, mais le contenant, en revanche, annonce le contenu. L’ornementation du contenant est l’œuvre d’un certain Terry Quirk, « colocataire artiste de Chris » White, le bassiste, comme nous l’apprennent les notes de pochette, après une jolie citation de la Tempête de Shakespeare. Et on peut sans doute la qualifier de réussie, à un détail près.

Réussie : dans le genre kitsch psychédélique, on ne fait pas tellement mieux. Elle répond en effet à tous les critères esthétiques que l’ont pourraient attendre d’un artwork de groupe de pop baroque des 60s - et que, paradoxalement, on ne retrouvent pas autant qu’on pourrait si attendre sur les disques de l’époque, même s’ils pullulent sur les affiches. Il y a les couleurs vives qui se battent en duels avec les pastels, les spirales et volutes qui donnent le tournis, les emprunts rétros aux gravure du XIXe, et les lettres distordues et ondulantes qui dissimulent habilement les mots dans le décor certes un peu chargé. Il y a même une grosse tache jaune et verte en forme de fleur. On peut s’amuser à se demander si les personnages qui s’y voient tout bariolés ont quoi que ce soit à voir avec les divinités grecques et leurs errements - et on ne le dira jamais assez, pouvoir s’amuser à se poser des questions débiles sur l’image est un des attraits principaux des pochettes de disques. Il y a un bien une petite troupe de personnalités en toges qui trône au sommet de la pochette comme on trônerait au sommet de l’Olympe, un autre type en toge qui semble dégringoler du dit sommet, un éphèbe en jambières à mi-chemin entre le héros antique et un précurseur de Dragon Ball Z et, en plein centre, un barbu herculéen en colère qui pourrait faire office de Polyphème, si seulement il n’avait pas deux yeux mais un seul. Sur le reste, je me garderai de la moindre hypothèse ou analogie douteuse, mais vous en faites ce que vous voulez. Ce qui est sûr, c’est qu’on trouve de toute façon toutes les informations dont on pourrait avoir besoin, à commencer par le titre de l’album, le nom du groupe et, en cadeau, les prénoms des cinq musiciens responsables de l’objet. Pas besoin de rajouter quoi que ce soit à la chose, ce qui est parfait.

Sauf que, justement, il y a un petit détail qui cloche - et qui ne fait pas très sérieux, pour un groupe qui choisit d’intituler son second album en utilisant deux élégantes références à la mythologie grecque (à savoir, si vous ne l’aviez pas déjà compris, car il est vrai que la traduction ne coule pas de source, l’Odyssée, et les Oracles de la fameuse Pythie de Delphes, dont on ne sait pas trop ce qu’ils viennent faire là, mais qu’importe...). Le dénommé Terry Quirk au tempéramment artistique a peint une bien belle pochette pour ses amis, mais il s’est égaré dans son orthographe, et a malencontrueusement remplacé un « y » par un « e »... Et comme utiliser les ressources qu’ont à proposer ses colocataires, c’est bien, mais trop les exploiter, ça ne se fait pas (et c’est hasardeux, car mieux vaut éviter les conflits d’appartement), nos pimpants Zombies ne pouvaient pas décemment se permettre d’exiger qu’il leur refasse une pochette, comme ça, pour une pauvre lettre mal formée. Le E est donc resté, et l’album est sorti avec une faute d’orthographe. On ne peut pas dire que cela soit vraiment un problème... Il n’y avait qu’à prétendre que l’écorchement orthographique était volontaire, ce qu’ils ont fait, et personne n’est venu poser plus de questions... Il est vrai qu’on ne demande pas aux musiciens d’être Bernard Pivot (encore heureux), et qu’ils sont libres de donner à leurs albums les titres qu’ils veulent, qu’ils soient orthographiquement corrects ou pas. Comme la pochette est jolie, en plus, ne pinaillons point. Il serait difficile, de toute façon, d’aller pinailler face à un album pareil... D’ailleurs, voudrais-je conclure cet article sur une envolée dithyrambique, je m’avancerais à écrire qu’il fallait bien caser une imperfection quelque part... que ça ne devait pas être facile, dans un album aussi absolument parfait... et qu’il ne restait donc pas grand chose à faire, à part vexer ce cher vieux Homère au fin fond des Champs Elysées.

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