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Get Some

Get Some

Snot

par Emmanuel Chirache le 14 avril 2009

Paru en mai 1997 (Geffen Records)

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Dans la vie, il y a les disques qui vous bercent pour vous endormir, ceux qui vous prennent par la main pour vous faire voyager, ceux qui vous caressent dans le sens du poil, d’autres à rebrousse, ceux qui vous donnent envie de danser, d’être heureux, de tomber amoureux ou de vous pendre avec la première corde rencontrée. Et puis il y a les autres, qui vous collent d’entrée leur poing dans la gueule. Pas bonjour, pas merci, juste un crochet du droit qui dévisse la mâchoire et fait vaciller les molaires. C’est le cas de Get Some. Pas un disque pour les petites filles qui écoutent Fall Out Boy ou Simple Plan. Non, un truc d’homme. Get Some, c’est le chemin des Dames en 17 : ça pilonne, ça bombarde, ça mitraille, ça canarde, ça dynamite à rafale d’obus en veux-tu en voilà. Et puis des tripes, des tripes, des tripes, partout. Dégueu, ouais. Si cette musique ne vous terrasse pas, c’est que vous êtes sourd, et si vous êtes sourd, Snot aura bientôt fait de vous rendre le sens de l’ouïe.

Nous ne reviendrons pas sur l’histoire du groupe, qui a déjà fait l’objet d’un article entier sur Inside Rock, les plus curieux pourront y jeter un coup d’œil. Ce qui nous intéresse ici, c’est la musique. Souvent catégorisé dans le new metal, Snot amalgame en réalité le punk hardcore californien le plus ensoleillé au funk le plus pornographique. Cette alchimie fait du groupe un véritable ovni au sein de la scène new metal, même s’il partage avec ses camarades plusieurs traits communs, notamment l’alternance de passages cool avec des refrains plus violents. Pour autant, l’écoute de Get Some révèle un univers beaucoup moins sombre que la plupart des autres groupes de l’époque comme Korn, Deftones ou Coal Chamber. Au niveau de l’attitude aussi, Snot ressemble davantage à Sugar Ray qu’à Slipknot. Déconne, soleil, sexe. Et quelques chansons à se damner.

Prenez le premier morceau du disque par exemple, titré d’après le nom du groupe. Hé bien il est d’une puissance à se jeter contre les murs. Ouvrant sur un monstrueux riff à la wah-wah qui tourne en boucle, il explose ensuite grâce aux guitares complémentaires de Mike Doling et Sonny Mayo, l’une vrombissant comme un moustique, l’autre attaquant par saccades. Surtout, le morceau ne serait rien sans cette voix, cassée, brûlée, éraillée, et pourtant maîtrisée d’un bout à l’autre des cordes vocales. Cette voix insensée, qui hurle à la vitesse d’un photon, c’est celle de Lynn Strait. Rarement dans l’histoire du rock on aura entendu quelqu’un hurler avec autant de délectation. Le groupe nous gratifie qui plus est d’un break savoureux qui nous permet d’apprécier la basse de John Fahnestock. En deux mots : chef-d’œuvre. Mais ce serait trop simple de s’arrêter là.

Juste après, Stoopid réussit la prouesse de maintenir le cap, en commençant sur un rythme funky coupé net par les incantations du chanteur qui pousse toujours plus loin les audaces. Mieux, il devient soudain évident que Lynn Strait chante. Non, il ne beugle pas, ne braille pas, ne crie pas (en tout cas pas tant que ça), il chante juste fort avec une voix probablement dotée de cordes vocales supplémentaires achetées sur ebay à un fumeur alcoolique. Autre révélation : Stoopid groove ! pour un peu, on danserait dessus. Ensuite vient Joy Ride, épatante chanson punk au tempo d’enfer qui nous mène directement au dispensable The Box. Il faut se jeter alors sur Snooze Button, nouvelle pépite démentielle. Le morceau est construit de main de maître, passant d’un couplet cool jouée par une basse lancinante accompagnée à une soudaine accélération des guitares qui stoppe avant de repartir sur le refrain dans un déchaînement d’énergie. Petite transition excellente et nous voici revenu sur nos pieds... Tous les groupes de fusion n’écrivent pas des morceaux comme ça.

Avec 313, Snot s’essaye à la musique d’ambiance, de manière plutôt intéressante. Get Some se laisse écouter de son côté, tandis que Deadfall renoue avec la folie des débuts - écouter à cet égard le break country surréaliste. De façon curieuse, I Jus’ Lie rappelle étonnamment Korn. Mais la dernière tuerie du disque s’appelle Mr. Brett, sorte de diatribe contre Brett Gurewitz, musicien et producteur influent de la scène californienne. Au chant, Theo Kogan vient apporter sa contribution et faire de Mr. Brett un délire verbal jouissif et punkissime. Grandiose. La piste suivante ressemble à du jazz lounge typiquement west coast, petit répit qui se savoure avec un cocktail à la main près de la piscine. My Balls vient ensuite clôturer Get Some sur une note metallo-funky qui aura brillé tout au long du disque. Ici ou là, on reconnaîtra même quelques similitudes avec les Infectious Grooves, la formation funk-metal de Mike Muir.

En définitive, Snot ne profitera pas commercialement de la vague new metal qui déferla sur les Etats-Unis, du moins pas autant que les Korn et autres Deftones. Le groupe aura pourtant légué l’un des meilleurs albums du genre, une étoile filante qui n’aura aucune suite à cause de la mort tragique du chanteur Lynn Strait. Et comme le disait ce bon vieux Neil, un adage que notre ami Kurt Cobain a incarné à sa manière sanguinolente : « it’s better to burn out, than to fade away ». Telle une supernova, Snot aussi aura bien brillé avant d’exploser en mille morceaux.



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Tracklisting :
 
1. Snot (3’23")
2. Stoopid (3’53")
3. Joy Ride (2’26")
4. The Box (3’25")
5. Snooze Button (4’17")
6. 313 (2’25")
7. Get Some (4’56")
8. Deadfall (2’19")
9. I Jus’ Lie (3’34")
10. Get Some O’ Deez (0’58")
11. Unplugged (4’11")
12. Tecato (4’30")
13. Mr. Brett (2’13"
14. Get Some Keez (2’46")
15. My Balls (2’58")
 
Durée totale :’"