Pochettes
Magical Mystery Tour

Magical Mystery Tour

The Beatles

par Vyvy le 20 mars 2007

paru le 8 décembre 1967 (Parlophone / EMI)

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Vous en avez tous entendu parlé. Ce truc là. Cet OBNI [1]. Ce projet, qui, né après la mort du cinquième Beatle Brian Epstein (et non pas Pete Best) se trouve logé bizarrement entre un poivre bariolé et un blanc éclatant par sa sobriété déjantée. Cette chose incongrue, ce Magical Mystery Tour...

Les Beatles fin 1967 ont fait n’importe quoi, ce n’importe quoi a résulté en une œuvre cinématographique, et dont la BO réincarnée [2] sous la forme d’une galette américaine allait finir sur bien des étagères enrobée d’une horrible pochette que nous allons ici agréablement disséquer. Jusqu’alors, la suite d’événement paraît logique, les événements eux-mêmes presque ordinaires... Mais, on ne fait que commencer. Et pour bien commencer, et ce donc, avant de se faire ce malin plaisir d’attaquer les saints des saints (et oui, même les fabulous four ne sont pas parfaits), essayons de comprendre quelles mouches (car au vu des dégâts, il en fallait plusieurs) les ont piqué...

Tout d’abord, nos quatre liverpuldiens ont décidé de faire un téléfilm. Comme des grands, c’est-à-dire sans Richard Lester, et sans feu-papa (Brian Epstein toujours...). Sans scénario (Monsieur John Lennon ayant été noté pour avoir émis à ce sujet la citation suivante : « on n’a pas encore trouvé de script mais on a un type qui fait le tour des toilettes du pays pour recopier les graffitis sur les murs »). Mais avec de jolis effets de couleurs. Le téléfilm, s’il garde un succès d’estime incroyable auprès de certains cinéastes américains, reste un chef-d’œuvre imbitable, et sa diffusion à la Noël 1967 sur les téléviseurs britanniques par la BBC en noir et blanc provoqua un effarement national : « what has happened to our boys ? »

Le téléfilm succomba sous les flèches d’incendiaires critiques, mais la BO ressort de ce marasme et tel le fringuant phoenix s’envole vers des cieux élogieux. Cette BO, « l’album » Magical Mystery Tour n’en est pourtant pas un. Eh oui ! Magical Mystery Tour n’est pas un album des Beatles ! Enfin, pas un « vrai » album, c’est à dire qu’il n’a connu de vie de LP sur le sol de sa gracieuse majesté qu’en l’an de grâce 1976, soit neuf ans après son grand frère audiovisuel. Vous vous en doutez, il fallait être américain pour sortir cet album là, album « bâtard » mélange audacieux (ou non) entre la bande originale (sublime) du téléfilm et quelques sympathiques singles (dont le succès intersidéral, au bas mot, Hello, Goodbye). Donc, Magical Mystery Tour est un faux album , à visée purement commerciale (son existence de LP n’étant due qu’au fait que les ricains sont allergiques au format EP sous lequel les chansons du film sortirent au Royaume-Uni), dénué de tout projet artistique.

Mais comment donner une pochette à un tel non-projet ? Eh bien, on ne se creuse pas la tête, on concocte une non-pochette. Pas de vrai album ? Un téléfilm détruit à sa sortie ? On n’aura donc pas de vraie pochette. Encore moins de projet artistique.

Les Beatles avait déjà fait dans le bizarre, en ce qui concerne les pochettes américaines. Il y avait eu autour de l’album américain Yesterday And Today l’anthologique Butcher Cover [3]. Mais de ce côté de l’Atlantique, on était habitué au bon goût, à la « classe » beatles (With The Beatles, et Beatles For Sale) puis, à leurs bouffonneries grandissantes, de Help à Sgt. Pepper’s mais rien ne nous avait préparé à ça. Sgt. Pepper’s dans sa liesse grandiose nous avait amené à expirer de joie : ça, c’est de la vraie pochette mon p’tit gars ! Et là, la bande d’animaux sur fond orange zébré de bleu non non c’est pas une pochette, c’est... autre chose ? Pitié ?

Mais soyons courageux, et abordons donc de front cet attendrissant OINI [4]. Approchons l’œil. Car en fait, point de zébrures ! Mais bien une représentation imagée du splendide proverbe anglais « every cloud has a silver lining ». Bon, ici les bordures des nuages sont bleues, le ciel lui-même un camaïeu jaune orange, mais nous sommes en 1967, et on peut tout de même se permettre un peu de licence artistique, diantre !

Mais, autre proverbe et celui-ci bien français « le mieux est l’ennemi du bien », à savoir, faut pas trop abuser sur la licence artistique... Et les énergumènes au milieu, eh bien ils abusent. Qui sont-ils ? Image rappelant le I Am The Walrus anthologique du téléfilm ; les quatre Beatles affublés d’étranges costumes de scène trônent en effet au centre de la pochette, règle de fabrique des pochettes des Fab Four a laquelle ne dérogent que le White et le « faux-album » Yellow Submarine.

Quatre hommes-animaux... L’oiseau, le gorille, le morse (oui, oui, John, tu es le morse, enfin, il se dit que pour la pochette, c’est Paul qui l’est...) et au centre, l’homme lapin-jaune ! Qui se cache derrière les masques ? Sous les traits de l’oiseau vert qu’après maintes recherches les plus fins ornithologues [5] de la rédaction ont identifié comme étant un ara militaire [6] semble se profiler les traits d’un George Harrison. Les traits des autres étant (hélas !) bien plus cachés, on se laissera aller à supputer que Paul ait prit la place du morse (ce qui sera repris comme une des preuves que le grand Macca serait mort, épisode qui reste comme une des plus jolies fumisteries du rock) tandis que Ringo arbore avec toute la grâce qui le caractérise un masque de gorille, laissant le rôle central à John ?

Trêve de vaines supputations. En dessous des masques, quels qu’ils soient et quels que soient leurs porteurs l’horreur vestimentaire veille. Non, vous ne rêvez pas ! Nos quatres liverpuldiens sont biens vêtus d’un mix étrange de doudounes et de toisons noires ou blanches (le pire de l’époque, on vous le disait). Le tournage du téléfilm à eu lieu dans la perfide Albion. Ils avaient peur de prendre froid sûrement...

Comme on peut le lire sur la toile, « ils étaient le meilleur groupe, ils avaient le plus gros budget, et ont tout de même réussi à faire cette horreur ». Oui. Les Beatles sans Brian Epstein, ce sont aussi les Beatles sans aucun garde-fou. Fous, « sur leurs collines », ils se sont laissés aller. Un peu trop peut-être ? Mais voilà, quand on est « bigger than Jesus » on peut se permettre beaucoup de choses. Et heureusement. Donc, quand vous regarderez cette pochette, déjà, ne vous laissez pas effrayer. Oui elle est moche, laide, atroce, ridicule. Mais elle renferme des joyaux. Oui, elle est moche, laide, atroce et ridicule. Mais la liberté de l’artiste, tout « idole des jeunes » qu’il soit n’est-ce pas aussi le droit de nous bluffer par son mauvais gout ? Voilà, une fois encore, les Beatles sont bluffant.

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[1Objet Beatles Non Identifié

[2ça se faisait beaucoup à l’époque

[3 visuel de la couverture légendaire

[4Objet Iconographique Non Identifié

[5merci à mon cher collègue Nonoostar

[6 photo d’un ara militaire

Vos commentaires

  • Le 7 octobre 2011 à 19:41, par philippe perroud En réponse à : Magical Mystery Tour

    je possède un double 45 tour de magical mystery tour de 1967 avec photos et textes en anglais ainsi que les textes des chansons ,pouvez vous me dire si cet album est recherché ?

    Remerciements

    Ph perroud

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