Films, DVD
Pearl Jam Twenty

Pearl Jam Twenty

Cameron Crowe

par Gilles Roland le 27 octobre 2011

4,5

Sorti en DVD/Blu-Ray, le 25 octobre 2011

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En 2009, Pearl Jam prouvait avec l’album Backspacer qu’il ne comptait pas baisser la garde de sitôt. Pur concentré de puissance punk et de mélancolie folk, Backspacer présentait un combo en grande forme, qui, loin de s’endormir sur les lauriers de l’époque grunge, continuait d’écrire son histoire avec fougue. Un disque qui confirmait la bonne forme d’un groupe rescapé d’une ère tumultueuse, qui fut fatale a bien des formations.

Passionné par cette époque depuis son arrivée à Seattle, le cinéaste mélomane et ancien rock critic formé à l’école Rolling Stone, Cameron Crowe, auréolé des succès de Presque Célèbre, Vanilla Sky ou Jerry Maguire, s’imposait comme l’homme providentiel pour réaliser un portrait du groupe d’Eddie Vedder. Une tache qu’il remplit avec panache, même si le manque de distance apparait plus d’une fois au cours de ces deux heures passionnantes.

On comprend aisément que Crowe adore Pearl Jam. On le savait déjà, notamment via l’apparition du groupe dans le film Singles (déjà centré sur la grunge culture), mais là, la chose est très appuyée. Un détail que les fans hardcore du groupe souligneront à peine, mais qui rendra le visionnage un poil fade pour les autres (mais après tout le film est avant tout destiné aux fans non ?).

Cependant, inutile de s’attarder sur une chose qui de toute façon semblait prévisible. Pearl Jam Twenty est un excellent documentaire rock. Un film qui, non content de porter la patte immédiatement identifiable de son réalisateur, fourmille d’images d’archives et d’interviews aussi rares qu’instructives. Des trésors mis en valeur par un montage impressionnant en forme de patchwork plus ou moins frénétique, qui sait s’attarder sur les étapes importantes de la vie du groupe quitte à paraitre un peu brouillon par moments (surtout pour les non-initiés qui risquent de se mélanger les pédales en début de film).

Ainsi, le long-métrage revient sur les origines de Pearl Jam. Sur Mother Love Bone notamment, avec un long passage sur Andy Wood, chanteur maudit de la formation qui réunissait Stone Gossard et Jeff Ament. Wood qui connut un destin tragique et dont la mort, par overdose, signa la fin du groupe. On retrouve aussi Chris Cornell, le leader charismatique de Soundgarden, autre figure de proue du mouvement grunge qui confirme son attachement à Pearl Jam au travers de multiples interventions, dont une très touchante qui revient sur les derniers instants d’Andy Wood avant de parler de l’amitié qui lia rapidement Vedder et Cornell. Si Chris Cornell occupe une large place dans le film, c’est aussi le cas de Kurt Cobain, héros incontournable de la scène de Seattle qui fut longtemps en opposition farouche avec Pearl Jam (avant de se raviser) et qui donne lieu à quelques-uns des meilleurs passages du film.

Une somme d’anecdotes qui découlent d’un choix plus que judicieux. Crowe a en effet préféré opter pour une narration semi-éclatée et n’hésite pas en cela à s’éloigner fréquemment des chemins balisés (genre un chapitre par album) pour s’attarder sur ce qu’il considère comme important. Un choix qui explique la longue introduction sur la scène grunge (qu’on croirait sortie des rushs de Presque Célèbre), puis les moments plus délirants comme l’excellent montage sur la succession de batteurs qu’a connu Pearl Jam avec un parallèle rudement bien vu avec Spinal Tap. Car l’humour est présent dans PJ 20. Peut-être motivé par la volonté de présenter la troupe de Vedder autrement qu’au travers le prisme mélancolique qui a souvent représenté son image publique, Crowe livre un portrait humain et parfois très drôle. Si Eddie Vedder conserve une aura de héros folk un peu torturé, les scènes sur ses habitudes scéniques ou sur ses influences présentent un homme complexe, drôle, un peu taré et constamment habité par son art. Les autres membres du groupe ne sont pas en reste et c’est aussi en celà que le film est intéressant. Toujours présenté comme le leader, Eddie Vedder fait ici part égale avec ses compagnons de fortune. Une bonne occasion d’en apprendre plus sur le jeu de McCready, la jeunesse de Jeff Ament ou le caractère bordélique de Stone Gossard.

Il convient quand même de souligner le ton globalement sérieux de PJ 20. Beaucoup moins fun que le documentaire consacré à Lemmy par exemple, le film est à l’image du groupe. Loin du sex, drug and rock ’n’ roll, le long-métrage de Cameron Crowe parle des combats de Pearl Jam, de ses engagements (notamment contre Ticketmaster, pour des tickets de concerts plus abordables), de ses inspirations, de ses ressentis, de son refus des conventions (avec une mention pour le passage sur la cérémonie des Grammy’s), sur les relations étroites entre les membres de la confrérie grunge ou encore sur le rapport avec les fans, décrits ici avec beaucoup de respect et de tendresse. On parle très peu d’alcool, de drogue et plus largement des gimmicks « classiques » du rock. Là n’est pas le propos. Un propos qui d’ailleurs peut se faire très grave, comme quand Crowe revient douloureusement sur la tragédie du festival de Roskilde qui couta la vie à 9 spectateurs.

Pearl Jam Twenty s’impose alors comme le documentaire ultime sur Pearl Jam. Tout simplement parce qu’il lève le voile sur un groupe longtemps resté caché derrière ses morceaux avec un ton très personnel. Cameron Crowe a joliment utilisé la somme monumentale d’images d’archives mises à sa disposition et aucun oubli majeur n’est à déplorer, même si l’absence de David Lynch (présent dans la bande annonce) reste regrettable (on devine que c’est parfois lui qui pose les questions à Vedder, mais la scène qui ouvre le trailer reste absente du montage définitif). Au final, PJ 20 dépasse le statut de simple documentaire tant les thématiques et le découpage s’apparentent par bien des aspects à un long-métrage de fiction. Sauf qu’ici, tout est vrai et le panel d’émotions représentées de conférer à l’œuvre une aura vraiment particulière.

Au rayon des bonus, PJ 20 présente des featurettes sur l’écriture des morceaux (Mike McCready writing Faithfull et Matt Cameron writing The Fixer), sur la vie de Jeff Ament dans le Montana (Jeff Ament in Montana) sur Stone Gossard (Stone Gossard Driving Tour), sur l’arrivée dans Pearl Jam du clavier Boom Gaspar (Boom Gaspar Joins The Band) et sur Eddie Vedder (Eddie Vedder House Tour). Le mini reportage Anything s’attarde sur le manie de Vedder à creuser des trous sur la scène pour se glisser dedans, tandis que l’émouvant Come Back revient sur l’interprétation de ce morceau lors du concert pluvieux de Verone en 2006, en hommage à Johnny Ramone, ami et influence majeure de Vedder et plus largement de Pearl Jam.

A noter, une version beaucoup plus généreuse disponible sur le site du groupe, à un peu moins de 60$, avec moult bonus, le tout enrobé dans un packaging ultra classe. Un livre, lui aussi très luxeux, est sorti simultanément, ainsi qu’un album. Un anniversaire en grande pompe pour un groupe qui reste l’un des plus importants de ces 20 dernières années. Pour sa musique, son message et la conviction qui continue d’animer ses membres.



Vos commentaires

  • Le 27 octobre 2011 à 14:48, par Janko En réponse à : Pearl Jam Twenty

    Salut Un article trés bien écrit, efficace et pertinent qui me donne envie de courir chez mon disquaire afin de me jeter comme un mort de faim sur cette pépite. Bravo Gilles et longue vie à Inside Rock
  • Le 27 octobre 2011 à 15:02, par Hugues B. En réponse à : Pearl Jam Twenty

    Excellente recension de cet excellent documentaire. Il me semble tout de même avoir vu David Lynch faire une courte apparition dans le film, non ? Par ailleurs, si la version collector en 3 dvd est malheureusement déjà épuisée (vendue uniquement depuis les US par le ten club, le fan club de Pearl Jam), le livre éponyme édité pour les 20 ans du groupe, disponible en version française, très riche en infos, anecdotes et illustrations, est là pour apporter un complément idéal au documentaire, plongeant notamment au coeur de la création de chaque album (dispo sur www.adlivre.com avec bonus !).
  • Le 27 octobre 2011 à 15:18, par Gilles Roland En réponse à : Pearl Jam Twenty

    Merci pour l’info Hugues et merci beaucoup pour ton com :) Oui en effet Lynch fait une apparition à un moment, mais la scène de l’interview présente dans la b.A est absente. C’est bien dommage mais on ne va pas non plus bouder notre plaisir !
  • Le 4 novembre 2011 à 18:41, par kenny En réponse à : Pearl Jam Twenty

    il y a bien des sous-titres français ?
  • Le 4 novembre 2011 à 18:43, par Gilles En réponse à : Pearl Jam Twenty

    Oui, pas de soucis, les sous-titres français sont bien présents.

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Durée du film : 1h59

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