Concerts
La Route du Rock, by H-Burns

Saint Malo

La Route du Rock, by H-Burns

Les 12, 13 et 14 août 2011

par H-Burns (Invité) le 6 septembre 2011

Avant de partir en tournée avec Chris Bailey pour défendre sur scène l’album Stranger (sortie le 12 septembre), et avant de s’envoler à Chicago en janvier prochain chez Steve Albini en vue d’enregistrer son quatrième album, H-Burns était en Bretagne et nous livre un compte-rendu du festival armoricain.

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Affiche très attirante cette année pour la 21eme édition de l’exigeante
Route du Rock de Saint-Malo.

Anika, dont j’avais déjà croisé la route auparavant, attaque alors que les grilles viennent à peine d’ouvrir. Leur dub expérimentale, teintée de cold wave, ne marquera pas les esprits, voire pire. Paradoxe de la programmation, un des groupes les plus attendus du festival, Sebadoh, arrive sur scène à 20h00. Le power trio resserré, au sens propre comme au sens figuré, dans toute son efficacité. La pop lofi de ces légendes de l’underground américain des années 90 n’est sans doute pas, sur le papier, la plus adaptée aux grandes scènes extérieures. Comme le dit sarcastiquement Lou Barlow, Sebadoh a eu pas mal de problèmes avec les festivals par le passé, mais celui ci « is going pretty well, so far ». Lowenstein et Barlow se relaient au micro et échangent basse et guitare tout au long d’un set très enlevé, le premier se chargeant de l’énergie « grungesque » des débuts, le second chantant quelques unes de ses meilleurs pop songs énervées, comme ce Beauty of the ride à tomber. Sebadoh, c’est l’immédiateté, les bonnes chansons dans leur plus simple appareil, pas de fioritures ni de surlooking, du très bon rock’n roll, urgent et beau. La classe.

Les Anglaises d’Electrelane arrivent ensuite dans un Fort de Saint Père qui commence à bien se remplir. Le set débute plutôt pas mal, la « power pop », quelque part entre Stereolab et les Pixies de ces Bristol girls se révélant assez efficace dans ses premiers instants. Puis le set se poursuit. L’impression que la batteuse joue le même morceau, sur la même rythmique, sans aucun soubresaut pendant une heure, aussi. Les morceaux se suivent et se ressemblent. L’urgence que l’on peut ressentir sur disque est curieusement très produite sur scène, le piano se faisant cristallin, les voix reverbées proprettes, la guitare qui déborde juste ce qu’il faut. Tout ceci semble alors bien monocorde. La reprise de Jimmy Sommerville, puis plus tard la discutable version de The Partisan de Leonard Cohen, me font décrocher rapidement. Cependant, l’opinion générale festivalière était celle d’avoir assisté à un « grand concert » (sic).

Mogwai arrive ensuite, avec certes un set joué et rejoué, taillé pour sa tournée des festivals, mais Mogwai, sur scène, même après les avoir vus 4 ou 5 fois, c’est toujours un bon moment, avec son lot de pics émotionnels, l’intro de White Noise ayant sur moi toujours le même effet.

Le lendemain la traditionnelle pluie se fait bien présente, transformant
progressivement le Fort Saint Père en mare de boue géante, pour la
soirée la plus chargée du festival en programmation comme en
fréquentation.

Low attaque avec le magnifique Nothing But Heart, au son d’une intro Neil Youngesque à souhait, et on oublie la pluie, tant les mélodies lentes, les harmonies parfaites, les chansons fédératrices de ce groupe trop méconnu du grand public donnent le frisson. Un bien beau moment.

Blonde Redhead donne ensuite un très bon concert. Kazu Makino est sexy à souhait dans son rôle hypnotisant, les deux jumeaux sont eux, comme à leur habitude, d’une classe, d’une sobriété et d’une justesse à toute épreuve. On se dit alors, comme à chaque fois qu’on les voit sur scène, que ce batteur est définitivement un des meilleurs du genre. Malgré quelques choix de chansons electronisantes un peu discutables, le son parfait et la qualité de la prestation ont largement pris le dessus. Léger frisson sur l’excellent Falling Man.

Les Kills, toujours sous une pluie battante, continuent à faire monter d’un cran l’atmosphère paradoxalement torride de la soirée. Jamie fait sacrement le job, le son de guitare est là, les boucles sans fin. Il assure la majeure partie des instrumentations tandis qu’Alison prend sa Rickenbacker seulement par courts instants. Bon concert, efficace et tendu, sulfureux, et ce malgré la météo.

Le lendemain, n’écoutant que d’une oreille les accords arcade firien de
Here We Go Magic, et après avoir assisté au concert en salle messianique de Josh T Pearson l’après midi, les Texans d’Okkervil River débarquent vers 20h30. Probablement le concert qui aura le plus partagé, voire écœuré certains fans. Will Sheff, dans toute sa mégalomanie, en fait des caisses, et joue au groupe de stade, fort peu approprié à la Route du Rock, devant un public averti, qui au lieu de vouloir taper dans les mains, avait probablement surtout envie d’entendre l’essence de ce qui fait Okkervil River, à savoir les bonnes chansons et les bons textes. Le tout sonne en effet plutôt poussif, l’intention du groupe sur scène de plaire au plus grand nombre et de jouer au groupe qui envoie se confrontant sans cesse à l’intention originelle de la chanson, souvent bien plus fine et délicate que cela. Quelques beaux moments néanmoins. Mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’avec les départs successifs de Jonathan
Meiburg et de tous ceux qui ont construit Okkervil, il ne reste plus, à
l’image de leur dernier album, que Sheff, ses musiciens, son égo. Quel dommage, pour un songwriter de sa qualité.

Fleet Foxes, on aime ou on n’aime pas. Ces grandes mélodies
hippisantes, ces envolées celtico folk, ces harmonies complexes à 6 voix. Mais force est de constater que la puissance sonore de ces jeunes gens, dégagée seulement à l’aide de guitares acoustiques et de musiciens surdoués, est très surprenante. Le tout semblant bien mieux que sur album.

Crocodiles , malgré la levée de boucliers que leur attitude de « branleurs rock » a soulevé dans l’opinion malouine, a plutôt joué un bon set, nullement gêné par les litres de Jack Daniels consommés sur scène. Certes il ne reste pas grand chose après, et les Américains peuvent irriter, mais après tout, un peu d’irrévérence, dans un festival de pop, pourquoi pas ?

Très bon festival dans l’ensemble, chapeau bas aux organisateurs de
préserver cette qualité de programmation avec très peu de concession, au fil des années, tout en réussissant a réunir près de 25 000 personnes, autour de cette idée qu’un festival comme celui là peut durer encore longtemps.



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